Prison à perpétuité en Suède pour un ancien procureur iranien

Il a été membre des gardiens de la révolution (l’armée idéologique d’Iran) avant de devenir un employé du ministère de la justice. Lors de la vague d’exécutions de prisonniers politiques de 1988, Hamid Nouri officiait dans la prison de Gohardacht, dans la ville de Karadj, proche de Téhéran. Il représentait le procureur et coopérait avec d’autres personnes impliquées dans les mises à mort.

Le 14 juillet, à Stockholm, où il est incarcéré depuis 2019, Hamid Nouri a été condamné à la prison à perpétuité, la peine maximale dans ce pays, pour « violations criminelles et flagrantes des lois internationales »léquivalent de crimes de guerre – et « meurtres intentionnels ». Ce jugement constitue un événement historique, car c’est la première fois qu’un responsable iranien est jugé et condamné à l’extérieur de l’Iran. « De plus, c’est la première fois qu’un verdict est prononcé à propos de ce qui s’est passé dans les prisons iraniennes durant l’été 1988 », se félicite l’une des procureurs, Kristina Lindhoff Carleson, jointe par téléphone.

Un verdict rejeté en Iran

En Iran, le ministère des affaires étrangères a rejeté ce verdict, le jugeant « fondamentalement inacceptable » et a tenu le gouvernement suédois « responsable des dommages causés aux relations bilatérales ». Les autorités iraniennes n’ont cessé d’exiger la libération de l’accusé. Sa famille vivant en Iran, qui a assisté au procès, dénonce le mauvais traitement dont Hamid Nouri a fait l’objet, selon elle. Ses avocats ont d’ores et déjà annoncé leur intention de faire appel du verdict. Un réexamen de l’affaire durerait « plus de six mois », selon Mme Lindhoff Carleson.

Si cet ancien procureur adjoint a pu être jugé en Suède, c’est parce que son ex-gendre et un ancien prisonnier politique iranien, Iraj Mesdaghi, l’ont attiré dans ce pays scandinave, en lui faisant miroiter un voyage luxueux à travers l’Europe. Pendant des années, M. Mesdaghi a documenté les exécutions survenues dans les prisons iraniennes en 1988, dans un contexte d’affrontement avec le mouvement d’opposition des Moudjahidin du peuple. Il avait même dévoilé la vraie identité de l’accusé, connu à Karadj sous le nom d’Hamid Abbasi. Lorsque Hamid Nouri est arrivé en Suède, en novembre 2019, une enquête sur lui était déjà en cours. A sa descente de l’avion, il a été menotté par la police.

Accompagné de deux autres anciens prisonniers politiques,M. Mesdaghi a été longuement entendu comme témoin. Une plainte a été instruite contre l’ancien geôlier en vertu du principe de compétence universelle, permettant à la Suède de poursuivre des auteurs présumés de crimes contre l’humanité et crimes de guerre, quels que soient leur nationalité, celle des victimes et le pays où se sont déroulés les faits. Depuis 2010, les tribunaux suédois ont traité dix affaires de ce genre, dont cinq liées à l’ex-Yougoslavie, au Rwanda et à la Syrie. Mme Lindhoff Carlson, elle, a été la procureure des cas liés à la Syrie (2017) et au Rwanda (2018). Dans tous ces dossiers, les accusés ont été condamnés à la réclusion à perpétuité. Contrairement aux autres affaires, dans le procès d’Hamid Nouri, qui a duré neuf mois, il n’y avait pas eu de précédent judiciaire. Les assassinats de prisonniers politiques commis en Iran au cours de l’été 1988 n’avaient jamais fait l’objet d’un traitement judiciaire, compliquant la tâche des magistrats.

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via LeMonde

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