Prison ferme pour l’ex-ministre danoise de l’immigration

L’ancienne ministre danoise de l’immigration, Inger Stojberg, à Copenhague, le 2 septembre 2021.

Quand elle était ministre de l’immigration, la libérale Inger Stojberg célébrait les nouveaux tours de vis dans la politique migratoire danoise – déjà très restrictive –, en partageant un gâteau avec ses collaborateurs. Avec son goût assumé pour la provocation et le politiquement incorrect, elle était devenue la « ministre préférée » des Danois. Lundi 13 décembre, elle a été condamnée par la Cour spéciale de justice du pays à soixante jours de prison ferme, pour avoir illégalement fait séparer, en 2016, des couples de demandeurs d’asile, dont la femme était mineure.

« Ce sont les valeurs danoises qui ont perdu aujourd’hui », a réagi Mme Stojberg, une fois le verdict tombé. Un peu plus tard, sur son compte Facebook, l’ancienne ministre, redevenue députée en juin 2019, et adepte des réseaux sociaux, a remercié ses soutiens. Si elle a fait savoir qu’elle « respectait le jugement et acceptait [sa] condamnation sans baisser la tête », elle a estimé avoir « été punie pour avoir tenté de protéger des filles ».

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Dissuader les candidats à l’exil

Les cheveux roux serrés dans un éternel chignon, la repartie cinglante, Inger Stojberg, 48 ans, a incarné, de 2015 à 2019, une ligne extrêmement dure sur les questions d’asile et d’immigration, n’ayant pas peur d’être accusée de faire de la « politique symbole ». Son objectif, repris depuis par les sociaux-démocrates, revenus au pouvoir en 2019 : limiter au maximum les arrivées au Danemark.

C’est à son initiative, par exemple, que le ministère de l’immigration avait acheté des pleines pages de pub dans les journaux libanais, à l’été 2015, pour dissuader les candidats à l’exil de rejoindre le pays scandinave. C’est elle aussi qui avait fait voter un amendement, quelques mois plus tard, autorisant la police à saisir l’argent et les bijoux des demandeurs d’asile, excédant une valeur de 10 000 couronnes (1 345 €), à leur entrée sur le territoire.

Autre proposition portant sa signature : l’isolement des délinquants d’origine étrangère sur une île, où l’Institut vétérinaire menait des travaux sur la rage canine et la peste porcine. Le 10 février 2016 enfin, elle avait ordonné de séparer les couples de demandeurs d’asile, dont au moins un des membres était mineur : une décision pour laquelle elle sera donc bientôt envoyée en prison.

A l’époque, le sujet des « enfants mariés » faisait rage au Danemark. Au total, trente-quatre couples furent séparés, au cours du printemps 2016. Parmi eux : deux Syriens, Rimaz Alkayal, 17 ans, et son époux, Alnour Alwans, 26 ans. Jusque-là, seules les filles de moins de 15 ans étaient isolées de leur mari. Pour les mineures plus âgées, la séparation n’est envisagée que dans les cas de mariage forcé, après enquête. Rimaz était enceinte. Le couple avait demandé à être entendu, mais sa requête avait été rejetée. Les deux Syriens avaient alors contacté le défenseur des droits, qui avait ouvert une enquête.

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via LeMonde

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