« Projet Pegasus » : le Kazakhstan ratisse large

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Publié aujourd’hui à 09h14, mis à jour à 09h33

Depuis trente ans, le régime en place au Kazakhstan, autoritaire et corrompu, a mis sa société civile en coupes réglées. Et même loin du pays, les dissidents sont suivis de près. Moukhtar Abliazov peut en témoigner : en France depuis près de dix ans, cet ancien oligarque qui vient d’obtenir le statut de réfugié politique a été une cible potentielle, au deuxième semestre 2018, du logiciel espion Pegasus. Plusieurs de ses numéros de téléphone figurent dans une liste de plus de 50 000 numéros sélectionnés par des clients de NSO Group pour un éventuel piratage, que Forbidden Stories et Amnesty International ont consultée et partagée avec seize médias, dont Le Monde.

Il a été impossible de réaliser une analyse technique de ces téléphones, étape nécessaire pour savoir si l’infection a été couronnée de succès, ces derniers ayant été saisis en octobre par la justice française, après une plainte de 2017 de la banque kazakhe BTA l’accusant d’avoir détourné 6,4 milliards d’euros.

Un logiciel vendu exclusivement à des Etats

Tout porte à croire que les autorités kazakhes se trouvent derrière cette opération. Le logiciel Pegasus n’est vendu par son concepteur, l’entreprise israélienne NSO, qu’à des Etats. M. Abliazov se livre, depuis plus de vingt ans, à un bras de fer diplomatico-judiciaire avec les autorités de son pays qui l’accusent, notamment, d’avoir détourné de très importantes sommes d’argent lorsqu’il était patron de la banque d’Etat BTA. Des allégations qu’il a toujours contestées. M. Abliazov a fait l’objet, ces dernières années, de plusieurs tentatives d’extradition, de la part du Kazakhstan, mais aussi de la Russie et de l’Ukraine.

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« Depuis plus de vingt ans, le régime veut me faire taire et m’empêcher de dénoncer la kleptocratie qui ronge le pays. Il a déjà investi des centaines de millions de dollars en avocats, en agences de relations publiques et en équipes spécialisées dans le hacking. Je ne suis donc pas surpris d’être sur la liste des personnes ciblées par le Kazakhstan », a réagi Moukhtar Abliazov.

Les éléments analysés par Le Monde montrent que M. Abliazov n’est pas le seul à avoir été visé par Pegasus au second semestre 2018. En France, plusieurs militants, un journaliste et un avocat spécialiste des droits de l’homme, qui ont gravité plusieurs années auparavant autour de Moukhtar Abliazov, de son entourage et de ses soutiens, ont été ciblés en vue d’un possible piratage. L’un d’entre eux, Quentin Guillemain, fondateur de l’ONG Cosmopolitan Project Foundation, en 2014, a annoncé son intention de porter plainte.

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via LeMonde

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