« Projet Pegasus » : quand l’Arabie saoudite voulait espionner le patron du PSG

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Publié aujourd’hui à 18h00, mis à jour à 18h03

Les espions n’étaient pas à la recherche d’informations sur le prochain mercato. Fin 2018, des agents engagés dans un match entre Etats, loin des terrains de football, se sont servis du puissant logiciel Pegasus pour cibler deux numéros de portable du patron du Paris-Saint-Germain (PSG), le Qatari Nasser Al-Khelaïfi, et un numéro de téléphone fixe attribué au directeur de la communication du club parisien, Jean-Martial Ribes.

Les analyses menées par Le Monde, avec lequel l’organisation Forbidden Stories et Amnesty International ont partagé une liste de plus de 50 000 numéros de téléphone ciblés par le logiciel espion de la société israélienne NSO Group, montrent qu’à cette période, un client s’est servi de Pegasus pour viser la direction de BeIN Media Group, présidé par M. Al-Khelaïfi. Ce même client a également ciblé de nombreux hauts responsables turcs, émiratis et libanais et plusieurs voix critiques de la monarchie saoudienne, laissant supposer, avec un très important degré de confiance, qu’il s’agit d’un service de sécurité saoudien. Mais faute d’avoir pu examiner les téléphones de M. Al-Khelaïfi ou d’autres employés de BeIN, Le Monde n’est pas en mesure d’affirmer si ces appareils ont bien été infectés par Pegasus. Reste que la présence de multiples numéros liés à BeIN et à ses dirigeants dans la liste laisse toutefois peu de doute sur la volonté de les mettre sous surveillance électronique.

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Mystérieuse chaîne pirate

A l’époque du ciblage, le conflit diplomatique et commercial entre le Qatar et l’Arabie saoudite est au plus haut. Riyad reproche à Doha une trop grande proximité avec son rival iranien, l’accuse de soutenir des organisations terroristes et d’utiliser sa chaîne de télévision satellitaire Al-Jazira pour le « diffamer » ; des accusations niées en bloc par le Qatar. Les deux pays ont rompu toutes leurs relations en juin 2017 et se livrent alors à une violente guerre de communication. L’un des champs de bataille de ce conflit est la diffusion des grandes compétitions de football : depuis 2017, une mystérieuse chaîne pirate, BeoutQ, diffuse par satellite et sur Internet, pour un prix modique, l’intégralité des programmes sportifs de BeIN, dont certains acquis à prix d’or.

Le président qatari du Paris-Saint-Germain, Nasser Al-Khelaïfi, au Stade de France, à Saint-Denis, le 19 mai 2021.

Très vite, l’émirat accuse l’Arabie saoudite. Celle-ci nie vigoureusement, tout en laissant derrière elle une longue liste d’indices montrant de manière très évidente que BeoutQ opère avec son soutien passif, voire actif. En 2019, les Etats-Unis confirmeront les liens existant entre Riyad et BeoutQ en plaçant le royaume sur une liste de pays ne respectant pas le droit d’auteur.

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via LeMonde

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