« Quand on vient de l’étranger, on a un autre regard sur le pays » : en Allemagne, l’immigration source de renouveau de l’économie

Ugur Sahin, cofondateur de BioNTech, dans les locaux de l’entreprise à Mayence (Rhénanie-Palatinat), le 22 décembre 2020.

Tarek Roukum se souvient parfaitement du jour où il a eu son rendez-vous à l’ambassade de Damas, afin d’obtenir son visa pour l’Allemagne. « C’était le 15 décembre 2011. C’était le dernier jour où nous avons eu une ambassade allemande en Syrie », raconte-t-il en anglais, dans un entretien vidéo. L’homme de 32 ans a pu partir juste à temps pour poursuivre en Allemagne des études de médecine qu’il avait commencées à l’université Jami’t Al-Ba’ath, à Homs, en 2006.

« J’ai eu de la chance. Le plus difficile a été de retourner en Syrie pour obtenir un visa longue durée, alors que la guerre avait déjà commencé. » Fin 2012, il y parvient enfin. Doté d’une bourse, il s’inscrit à l’université de Greifswald (Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, nord), au bord de la Baltique, où il soutient sa thèse de médecine en pharmacologie clinique. « Je voulais obtenir un bon diplôme de médecine en Allemagne. Mais je savais aussi que la médecine n’était qu’un début. »

Lire aussi L’économie allemande dopée par l’arrivée des réfugiés en 2015 et 2016

Le Syrien nourrit le rêve de fonder une start-up. « Je suis créatif, j’aime les idées nouvelles. Mais au début, je ne savais même pas ce qu’était un fonds de capital-risque ! », se remémore-t-il en riant. Il quitte alors l’hôpital où il exerce, passe deux ans dans un fonds d’investissement en Belgique, avant de retourner en Allemagne pour concrétiser une idée qui lui semble porteuse : créer une plate-forme de suivi à distance des patients atteints de maladies chroniques dans les pays en développement. Avec l’aide d’un programmeur égyptien installé à Munich et rencontré sur les réseaux sociaux, il développe son application, Kanzi, et recrute ses premiers clients.

Moins d’aversion pour le risque

« Nous avons déjà une base de 7 000 patients arabophones, mais nous n’avons pas encore créé d’entreprise. Les démarches administratives en allemand sont très compliquées », concède-t-il. « J’ai hésité, bien sûr, à aller aux Etats-Unis. Mais en Allemagne, j’ai été attiré par le fait qu’il y a un bon système pour demander la nationalité allemande, que j’ai obtenue il y a deux ans [en 2019]. Cela donne une grande sécurité. Le besoin de sécurité, la capacité à trouver un emploi rapidement, pour un immigrant, ce sont les deux priorités de base. Sur ce plan, l’Allemagne est très attractive », assure Tarek.

Les modèles d’entrepreneurs d’origine étrangère outre-Rhin sont aujourd’hui loin de se limiter aux secteurs de la construction ou de la gastronomie

Depuis quelques jours, Tarek n’est plus seul pour développer sa start-up. Il a postulé avec succès à un programme d’accompagnement d’entrepreneurs d’origine étrangère, fondé par le fonds de capital-risque berlinois Earlybird. Baptisé « Vision Lab », il vise à recruter des équipes d’entrepreneurs étrangers porteurs de projets technologiques à un niveau précoce de développement. Ces fondateurs reçoivent une aide administrative, un tutorat de la part d’entrepreneurs chevronnés, des contacts et un premier financement de 25 000 euros.

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via LeMonde

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