Ricardo Bofill, l’architecte qui voulait « réaliser l’impossible »

Ricardo Bofill à l’occasion de la « Cité de la Réussite », à Marseille, le 17 novembre 2001.

L’architecte catalan Ricardo Bofill est mort le 14 janvier, à l’âge de 82 ans, emporté par le Covid-19. Il était né le 5 décembre 1939 à Barcelone, d’un père lui aussi architecte, et avait donc passé l’essentiel de sa jeunesse pendant le « règne » du général Franco (1889-1975). Ces deux-là n’étaient pas faits pour s’entendre.

Le jeune architecte rejoint la « gauche divine », mouvement bien nommé que fréquentent les intellectuels catalans et qui parvient à imposer une forme de liberté dans une Barcelone encore bâillonnée. Bofill en rajoute : « Il renvoyait une image de frivolité et de séduction, écrit la romancière Rosa Regas. Il était aussi comme ça. Si on l’accusait d’être un petit-bourgeois, il en rajoutait. Si on lui disait que son architecture était extravagante, il exagérait encore plus dans son projet suivant. » De la même manière, il soignait son physique, qui, dès le départ, a fière allure, et qu’il ajuste comme un torero dans des costumes étroits.

Bofill commence ses études à Barcelone, à l’Ecole technique supérieure d’architecture, jusqu’à son expulsion, en 1957, due à son militantisme au sein du Parti socialiste unifié de Catalogne, puis à l’Ecole d’architecture de Genève.

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Le souvenir de Franco ne s’est pas encore estompé lorsque, en 1963, il forme le Taller de Arquitectura avec un groupe d’architectes, ingénieurs, sociologues et philosophes, atelier qui prendra le nom de Ricardo Bofill, et construira près d’un millier d’édifices à travers le monde. Le Taller trouve à se loger près de la métropole catalane, à Sant Just Desvern, dans une ancienne cimenterie, baptisée « La Fabrique ». C’est la première réalisation de l’architecte et de son groupe, sauvetage patrimonial chargé de poésie.

Mais dans le même temps, pour ne pas se trouver figé dans une forme de passéisme, il imagine des ensembles surprenants comme Walden 7 ou la Muraille rouge. Bofill s’impose ainsi dans le milieu international de l’architecture alors agité par la lutte du modernisme et du postmodernisme, chacun fragmenté en multiples écoles.

La tour de 29 étages de l’hôtel W Barcelona, pensée comme une voile, par Ricardo Bofill, à Barcelone, le 15 janvier 2022.

Un catalogue surprenant

A cet égard, la première Biennale d’architecture de Venise en 1980 forme un catalogue surprenant qui rassemble les projets les plus disparates même si l’usage de la colonne, d’inspiration classique ou antique, tend à s’imposer comme universelle. Bofill fait partie de la sélection comme il fera partie du concours pour les Halles de Paris, en 1974. Adulé par les uns (Giscard d’Estaing, qui s’y connaissait en classicisme), il s’est si bien catalogué dans les rangs du postmodernisme qu’il se voit rejeter par les modernes. Jacques Chirac, qui ne s’y connaît pas trop, bloque son projet.

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via LeMonde

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