Royaume-Uni : derrière Keir Starmer, le Parti travailliste défend sa ligne centriste

Le leader du Parti travailliste, Keir Starmer, le 29 septembre 2021 à Brighton (Royaume-Uni).

Comment reconquérir les électeurs du « red wall » (« mur rouge »), ce bastion historique de la gauche au nord de l’Angleterre, qui a voté en masse pour Boris Johnson en 2019 ? Comment les convaincre qu’il est temps d’élire un premier ministre labour après plus de dix ans de gouvernement conservateur ? Keir Starmer, le chef de file des travaillistes, a donné quelques éléments de réponse, en clôture de la conférence annuelle du parti à Brighton (sud de l’Angleterre), mercredi 29 septembre : en tentant de refermer la parenthèse gauchiste de son prédécesseur, Jeremy Corbyn, pour repositionner la formation au centre. Et en prenant le contre-pied de Boris Johnson, « un showman qui n’a plus rien à montrer », a-t-il attaqué.

La tâche n’est pas simple pour ce dirigeant de 59 ans, ex-procureur général pour l’Angleterre et le Pays de Galles, arrivé à la tête du parti en pleine épidémie de Covid-19, en avril 2020, sérieux mais sans grand charisme. S’il a insisté sur son extraction « modeste » (père ouvrier qualifié, mère infirmière), Keir Starmer n’a pas du tout le profil de M. Corbyn, rodé au militantisme d’extrême gauche (anti-impérialisme, anti-OTAN, pro-Palestine), qui avait suscité une vraie ferveur lorsqu’il avait été élu à la tête du parti en 2015.

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A Brighton, M. Starmer a voulu présenter ses supposés défauts comme des qualités et donner de l’épaisseur à son personnage. « Quand en 2003, je travaillais en Irlande du Nord [à la mise en place] du traité de paix [ayant mis fin aux “Troubles”], Boris Johnson était invité de l’émission “Top Gear” et avouait que, derrière son personnage de crétin, “il ne se cache peut-être qu’un crétin”. » S’il a aussi insisté sur les graves crises logistiques auxquelles M. Johnson fait face (stations-service sans essence, rayonnages vides), M. Starmer n’a, en revanche, pas hésité à reprendre des thématiques purement conservatrices. « Famille et travail » sont les « deux rocs de ma vie », a-t-il ainsi affirmé.

Les critiques de l’aile pro-Corbyn

Ses lieutenants ont été encore plus explicites : Rachel Reeves, chancelière de l’Echiquier de son « cabinet fantôme » a défendu une vision « pro-business », et Nick Thomas-Symonds, à l’intérieur, assurait que « le parti tory n’est pas le parti de la loi et de l’ordre » et se félicitait de la présence, dans la salle de conférences lors de son discours, du président de la principale centrale syndicale de policiers du pays.

« Nous ne ferons aucune promesse que nous ne pourrons pas tenir », a ajouté M. Starmer – une critique transparente du programme basé sur des nationalisations et de nombreux investissements défendu par M. Corbyn lors des élections générales de 2019, où le Labour avait enregistré l’un des pires résultats de son histoire. Enfin, M. Starmer a rendu hommage au bilan du « New » Labour (« le salaire minimum, la réduction de la pauvreté infantile, la baisse de 75 % des sans-domicile-fixe »), sans pour autant prononcer le nom de l’ancien premier ministre, Tony Blair, toujours très impopulaire pour avoir entraîné le pays dans la seconde guerre d’Irak.

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via LeMonde

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