Rush Limbaugh, animateur de radio et figure de la droite conservatrice américaine, est mort

Le 5 novembre 2018, l’animateur de radio Rush Limbaugh s’apprête à annoncer l’arrivée du président Donald Trump, lors d’un rassemblement « Make America Great Again » à Cap-Girardeau, dans le Missouri.

Sa voix aura été entendue pendant plus de trois décennies sur les ondes aux Etats-Unis. Le célèbre animateur de radio Rush Limbaugh est mort à l’âge de 70 ans, a annoncé sa famille, mercredi 17 février. L’an dernier, il avait fait savoir qu’il souffrait d’un cancer du poumon.

« Rush Hudson Limbaugh III sera pour toujours le plus grand de tous les temps, un gentil géant courageux et brillant », a déclaré sa femme Kathryn dans un communiqué publié sur la page Facebook officielle de l’animateur.

Rush Limbaugh fut surtout l’une des figures de la droite conservatrice. Son influence était telle qu’il a été autrefois qualifié – avec sarcasme – de « chef du Parti républicain » par les démocrates. Il fut aussi l’un des fidèles soutiens de Donald Trump. Personnage controversé, Rush Limbaugh a régulièrement été accusé de propager de fausses informations et des théories du complot.

Lire aussi l’enquête : Comment Trump a remodelé le paysage médiatique américain

« Il m’a soutenu dès le début. [C’était] un grand gentleman », a réagi l’ancien président sur la chaîne Fox News. « C’était un gars unique. Il avait une perspicacité extraordinaire (…).  Rush était persuadé que nous avions gagné [l’élection présidentielle de 2020], et j’en suis persuadé aussi d’ailleurs. Je crois que nous avons gagné de manière considérable. » 

L’ancien président républicain George W. Bush a également rendu hommage à l’animateur en le qualifiant « d’ami pendant toute la durée de [s]a présidence ». « Même s’il était impétueux, parfois controversé et toujours campé sur ses idées, il exprimait ses opinions en tant que porte-voix pour des millions d’Américains », a ajouté le 43e président des Etats-Unis.

« Les condoléances [de l’actuel président Joe Biden] vont à la famille et aux amis de Rush Limbaugh », a déclaré, de son côté, en en conférence de presse la porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki.

« Et maintenant, Mesdames et Messieurs, Ruuuuuush… Limbôôôôô ! » Ce cri de guerre, poussé sur les ondes, avait trouvé dans l’Amérique de l’après 11-Septembre un auditoire plus réceptif que jamais. A midi, chaque jour de la semaine, l’animateur donnait le coup d’envoi, sur plus de 600 stations à travers le pays, d’une émission de trois heures durant laquelle il distribuait diatribes, admonestations, interpellations, distribution de bons et mauvais points…

« Je suis le média »

Natif de Cap-Girardeau, petite ville du Missouri, il avait débuté à la radio à 17 ans comme disc-jockey. En 1984, une radio de Sacramento (Californie) lui a offert sa première émission de discussion de thèmes d’actualité. Le modèle va faire école et, en quelques années, il s’est imposé comme le maître du genre.

Son audience et son influence ne cessent alors de croître : en 1992, au moment où les sénateurs s’entre-déchirent sur l’affaire Anita Hill, la jeune femme qui accuse un juge de la Cour suprême, Clarence Thomas, de harcèlement sexuel, M. Limbaugh lit à l’antenne un article dévastateur pour elle paru dans le magazine conservateur The American Spectator. Le lendemain, le magazine s’arrache. Et Clarence Thomas, nommé l’année précédente par le président Bush, est confirmé à son poste par le Sénat.

Le couple Clinton lui fournira, aussi, une belle cible. Hillary Clinton est le parangon de ces « fémi-nazies » qu’il raille à longueur d’émission, et les frasques du président sont pour lui inespérées.

Lire aussi notre archive de 2003 : Rush Limbaugh, “grande gueule” omniprésente sur les ondes

Lorsque, en 1994, les républicains arrachèrent la victoire au Congrès, paralysant Bill Clinton, les experts politiques reconnaissent le rôle de ce chantre de la droite populiste, qui aura alors largement contribué à la radicalisation du Parti républicain et favorisé l’ascension de figures radicales comme Newt Gingrich.

En 2001, fort de ses quelque 20 millions d’auditeurs, il signa le plus gros contrat de l’histoire de la radio : 285 millions de dollars pour neuf ans d’émission. Avant d’annoncer quelques mois plus tard à ses auditeurs ébahis qu’il est subitement devenu presque sourd.

Mais il continua malgré ce handicap : « Je fais partie du paysage de l’Amérique, expliquait-il alors au New York Times. Je m’adresse aux gens directement, sans passer par les médias. Je suis le média. »

En 2020, plus de trente ans après ses débuts, le septuagénaire continuait de conspuer les médias, et de déverser des propos racistes et homophobes. Toujours avec succès : chaque jour, 15,5 millions de personnes l’écoutaient religieusement. Il avait reçu des mains de Donald Trump, en avril, la médaille présidentielle de la liberté, l’honneur civil le plus important qui puisse être accordé aux Etats-Unis.

Le Monde

via LeMonde

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