Rwanda : à Paris, la réclusion à perpétuité requise contre Laurent Bucyibaruta


Croquis d’audience réalisé le 9 mai 2022 montrant l’ancien haut fonctionnaire rwandais Laurent Bucyibaruta pendant son procès pour génocide à la cour d’assises de Paris.

Sur la base de quels faits devient-on complice d’un génocide ? La peur peut-elle annihiler toute volonté de s’opposer à une tuerie de masse ? Depuis le 9 mai, la cour d’assises de Paris juge Laurent Bucyibaruta, ancien préfet de Gikongoro de 1992 à juillet 1994, pour « génocide », « complicité de génocide » et « complicité de crimes contre l’humanité ». Dans sa préfecture située dans le sud-ouest du Rwanda, près de 125 000 Tutsi ont été exterminés au cours du printemps 1994. Il encourt une peine de prison à vie.

Ce procès est le quatrième en France lié au génocide des Tutsi, le premier pour un haut responsable. L’ancien fonctionnaire, réfugié dans l’Hexagone depuis 1997, est poursuivi à la suite d’une plainte déposée en 2000 par la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et l’association Survie. Sa responsabilité dans les massacres ayant ensanglanté le territoire qu’il administrait se retrouve au cœur du procès. « Laurent Bucyibaruta a conservé tous les pouvoirs attribués à sa fonction suprême », ont déclaré les deux procureures générales, Sophie Havard et Céline Viguier, vendredi 8 juillet : « Il a continué d’assurer l’ordre et la sécurité. Il aurait pu condamner fermement les massacres, mais il n’a rien fait. »

Le ministère public a retenu sa « complicité par aide ou assistance » pour le massacre d’environ 25 000 Tutsi dans la paroisse de Kibeho, le 14 avril 1994. Pour la tuerie du 21 avril dans une école de Murambi, où près de 40 000 personnes ont été exterminées, des témoins ont même déclaré avoir vu l’accusé sur place, ce qu’il conteste. Sur ce site, puis dans les localités de Cyanika, Kaduha et enfin pour l’assassinat d’une centaine d’élèves à Kibeho, les deux procureures générales ont estimé qu’il fallait condamner Laurent Bucyibaruta en tant qu’« auteur » de génocide.

Au terme d’une plaidoirie de quasiment six heures, la réclusion à perpétuité a été requise contre lui, car même si le préfet « n’a tué personne de ses mains, il porte sur lui le sang de tous les morts de Gikongoro ».

« Que pouvais-je faire ? »

Dans l’accomplissement de son « travail » – comme disaient les miliciens Interahamwe pour désigner leur triste besogne –, cette préfecture s’est illustrée : 75 % des Tutsi y ont été massacrés, la plupart jetés dans des fosses communes. Cette « efficacité » a même été saluée à l’époque par le premier ministre Jean Kambanda, qui s’est dit « fier » de ces résultats. Fin avril 1994, lors d’une réunion, le chef du gouvernement génocidaire – depuis condamné à la réclusion criminelle à perpétuité par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) – adressait ses félicitations au préfet de Gikongoro pour s’être « appliqué à mettre en place le programme du gouvernement ».

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via LeMonde

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