Scénariste et première dame d’Ukraine, Olena Zelenska, de l’ombre à la guerre

Sa collaboratrice avait prévenu : « Elle va pleurer. » Dans la petite assistance de parents « orphelins » de leurs enfants depuis le début de la guerre, il y a un monsieur qui ne sert qu’à ça : porter une boîte de mouchoirs, tel un conseiller préposé aux larmes. Sous un ciel silencieux, Olena Zelenska rend hommage aux jeunes garçons et filles morts depuis l’invasion de son pays par les troupes russes, trois mois plus tôt. Il y en a déjà 261, ce 4 juin, dit-elle. Le timbre de la femme du président Volodymyr Zelensky couvre à peine les cloches accrochées dans un tilleul et qui tintent dans la brise. « C’est la voix de ces enfants morts. Chaque enfant est un univers. L’Ukraine a perdu 261 univers. »

Nous sommes à Kiev dans les jardins de Sainte-Sophie, sublime cathédrale du XIe siècle – ses bulbes d’or, ses fresques, ses mosaïques byzantines. Un symbole aussi : c’est ici même que l’Ukraine a été « baptisée orthodoxe ». Y reposent les tombes des pères fondateurs de l’église, il y a dix siècles, mais aussi, dans la pierre d’un pilier, l’autographe supposé d’Anne de Kiev, devenue épouse d’Henri Ier de France et ainsi reine des Francs de 1051 à 1060.

Le vice-directeur de la cathédrale, Vadim Kyrylenko, a veillé et dormi lui-même dans ce joyau classé au Patrimoine mondial de l’Unesco quand a plané la menace de frappes russes sur Kiev au début de la guerre. L’entourage de la première dame prévient : en cas de sirène, Olena Zelenska quittera la résidence du métropolite où elle nous rencontre pour gagner un abri.

Olena Zelenska, sous haute protection, dans la cathédrale Sainte-Sophie, à Kiev, le 4 juin 2022.

Dans la pièce l’entourent six personnes, ses gardes du corps mais aussi une jeune fille qui arrange son brushing et gomme les traces de tristesse sur ses paupières et une styliste à la tête de l’une des marques les plus en vue à Kiev, Gunia, label ukrainien ultra-chic qui puise son inspiration dans l’artisanat traditionnel. Olena Volodymyrivna Zelenska (en ukrainien comme en russe, les noms propres se féminisent) porte un tailleur de créateur et des mocassins à épaisses semelles crantées.

Un choix sophistiqué, à l’opposé du tee-shirt kaki et du style de son mari. D’un côté, la représentation, le statut ; de l’autre, la résistance, le combat. La réserve et les silences pour elle, l’exubérance extravertie pour lui. Devant l’objectif du photographe, elle s’enroule dans le rideau, comme si elle voulait disparaître, puis pouffe dans son bras. L’humour, « un trait de caractère ukrainien », dit-elle dans sa tenue noire. « L’humour, c’est la vie. Rire remonte le moral. » C’est aussi sa nature et c’était son job avant que la guerre ne vienne tout détruire, le 24 février.

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via LeMonde

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