Soudan : un nouveau conflit tribal fait 33 morts

La région du Nil Bleu, au sud-est du Soudan, s’enflamme depuis une semaine à cause d’un différend territorial opposant deux tribus. Au moins 33 morts et 108 blessés sont à déplorer, selon un communiqué du ministère de la santé qui a fait état de seize magasins incendiés depuis que les affrontements ont éclaté lundi 11 juillet, à la suite d’un conflit foncier entre les tribus Haoussa et Barti, dans le district de Qissan.

« Il nous faut des renforts de troupes pour reprendre le contrôle de la situation », a demandé Adel Agar, de la municipalité d’Al-Roseires, tandis que des médecins de l’hôpital de la ville ont réclamé eux aussi des renforts face au nombre croissant de blessés. Selon M. Agar, nombre de personnes, dont des blessés, ont cherché refuge dans des commissariats. Il n’était pas en mesure de donner un bilan mais a plaidé pour l’intervention rapide d’un médiateur. Des soldats ont été déployés et un couvre-feu imposé à partir de samedi.

Un dignitaire des Haoussas a expliqué à l’Agence France Presse (AFP), sous couvert d’anonymat, que le conflit avait dégénéré parce que son clan réclame de longue date « la formation d’une autorité civile locale pour superviser l’accès aux terres, ce que refusent les Bartis ». Côté barti, un dignitaire qui a lui aussi refusé que son nom soit dévoilé, a affirmé que son clan avait répondu « à une violation des terres des Bartis » par les Haoussas. « Ces terres sont à nous, donc si on veut former une autorité locale, elle sera composée uniquement de Bartis et non de Haoussas », a-t-il martelé.

Résurgence des violences tribales

Les violences, après un bref répit, ont repris samedi près du chef-lieu local d’Al-Damazine. « On a entendu des tirs » et « vu des colonnes de fumée s’élever », a décrit à l’AFP Fatima Hamad, une résidente d’Al-Roseires. Cette ville n’est séparée d’Al-Damazine, chef-lieu du Nil Bleu à 800 kilomètres au sud de Khartoum, que par un pont sur le Nil. Un habitant d’Al-Damazine, Ahmed Youssef, a affirmé avoir vu « des dizaines de familles, surtout des femmes et des enfants » traverser pour fuir les combats.

Les hôpitaux des environs ont lancé un appel urgent au don de sang et une source à l’hôpital d’Al-Roseires a indiqué à l’AFP que l’hôpital était à court d’équipements de première urgence. L’émissaire de l’ONU au Soudan Volker Perthes a réclamé « des mesures concrètes pour aller vers une coexistence pacifique », appelant à « cesser les représailles ». En fin de journée samedi, la situation était en voie d’amélioration à Qissan tandis que les affrontements se poursuivaient à Al-Roseires, a indiqué à la télévision d’Etat le gouverneur du Nil Bleu, Ahmed Al-Omda, .

L’Etat du Nil Bleu, est en proie à une rébellion depuis 1983. La guérilla sudiste a longtemps été une épine dans le pied de la dictature d’Omar Al-Bachir, écarté par l’armée sous la pression de la rue en 2019. Pour les experts, le vide sécuritaire créé par le putsch mené en octobre par son ancien commandant de l’armée de terre, le général Abdel Fattah Al-Burhane, a favorisé une résurgence des violences tribales dans un pays où chaque année des centaines de civils meurent dans des affrontements entre éleveurs et agriculteurs pour l’accès à l’eau ou aux terres.

Le Monde avec AFP

via LeMonde

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