Soupçons d’agressions sexuelles et de maltraitance : la descente aux enfers du groupe Die Antwoord

LETTRE DE JOHANNESBURG

Ninja et Yolandi Visser du groupe Die Antwoord, lors du festival Lollapalooza, à Chicago (Illinois), en 2012.

L’univers dérangeant du groupe Die Antwoord ne fascine plus. Au début des années 2010, le duo déjanté est devenu la formation musicale sud-africaine la plus célèbre à l’étranger avec son rap-électro psychédélique à l’esthétique angoissante qui met en scène le quotidien « white trash » sud-africain et celui des gangs ultra-violents du Cap. Déjà sonné par plusieurs controverses, le couple Watkin Tudor Jones, alias « Ninja », et Anri du Toit, alias « Yolandi Visser », doit désormais faire face à son fils adoptif, qui l’accuse de maltraitances et dit craindre des violences sexuelles sur sa sœur dans une vidéo de quarante-cinq minutes reprise, fin avril, par la presse sud-africaine.

Adopté à 9 ans, Gabriel du Preez, dit « Tokkie », a grandi à Vrededorp, un quartier misérable proche du centre-ville de Johannesburg. Il souffre d’une maladie génétique responsable notamment de sévères malformations des dents. Avec ce handicap et ses cheveux hirsutes, le petit semble tout droit sorti des clips du groupe. Il ne tardera pas à jouer dedans. En 2010, « Tokkie » croise la route de l’un des collaborateurs du duo, Ben Jay Crossman, qui le prend en photo. En voyant l’image, Anri du Toit et Watkin Tudor Jones demandent à rencontrer l’enfant. Ils l’adoptent aussitôt. Sa mère, qui n’a pas grand-chose à lui offrir face au succès de Die Antwoord, pense que ce sera « une bonne expérience ».

« C’est toi la chose bizarre »

Agé de 20 ans, « Tokkie » affirme désormais avoir été utilisé comme « un accessoire ». En 2012, il devient le visage du clip le plus célèbre du groupe, I Fink You Freeky and I Like You a Lot (« je te trouve bizarre et je t’aime beaucoup »). Réalisé en collaboration avec le célèbre photographe sud-africain Roger Ballen, il a été vu plus de 170 millions de fois sur YouTube. « J’ai beaucoup regardé cette vidéo et je l’ai montrée à ma mère. En la voyant, elle m’a dit : “Ils se servent de toi, c’est toi la chose bizarre” », raconte « Tokkie ».

Surtout, Gabriel du Preez décrit une enfance sordide baignée de violence, de drogues, de sexe et de solitude. Après l’avoir adopté, le groupe l’accueille à son domicile, dans un quartier chic de Johannesburg. Le plus souvent, il est seul, pendant que les musiciens voyagent aux quatre coins du monde. Pendant deux ans, ils le laisseront à la maison avec une baby-sitter, alors qu’ils sont installés à Los Angeles.

Quand ses parents adoptifs sont là, c’est le chaos. On fume et consomme toutes sortes de substances à côté de lui, des femmes nues se promènent dans la maison, « Ninja » demande à « Tokkie » de lui rouler ses joints, accuse Gabriel du Preez. Le duo, qui dépeint souvent l’univers des townships du Cap dans ses clips en forme de court-métrage, fréquente les gangs de la ville. Un tueur nommé surnommé « Anies » devient l’ami de « Tokkie ». Il a été assassiné depuis. Gabriel du Preez évoque également un « camp d’entraînement » où il aurait appris à manier « toutes sortes d’armes » pendant un mois, ainsi que d’étranges rituels.

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via LeMonde

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