Stocker ou exporter à perte, le dilemme des fermiers ukrainiens


Des tonnes de céréales attendent leur exportation vers l’étranger, dans l’oblast d'Odessa (Ukraine), le 16 juillet 2022.

Le départ du navire Rezoni, lundi 1er août, d’Odessa, à destination d’Istanbul, puis du Liban, avec à son bord 26 000 tonnes de maïs, le premier à reprendre les exportations de céréales du grand port de la mer Noire depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février, redonne espoir à un secteur essentiel pour l’économie ukrainienne. Cela n’empêchera pas un certain nombre d’agriculteurs ukrainiens, toutefois, de stocker leur récolte en attendant que les prix remontent.

Dès lundi dans la soirée, le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait calmé l’enthousiasme général : « A l’heure actuelle, il est trop tôt pour en tirer des conclusions et faire des prévisions, déclarait-il dans son adresse vidéo quotidienne. Attendons de voir comment l’accord fonctionnera et si la sécurité sera vraiment garantie. » Outre la réouverture de ce corridor maritime céréalier, les fermiers ont plus encore les yeux fixés sur l’évolution du coût logistique, élément déterminant dans leur décision d’exporter, ou non, leur récolte.

Avant février, lorsque les céréales transitaient dans des milliers de wagons jusqu’aux ports de la mer Noire pour charger 70 000 à 120 000 tonnes de céréales à bord de navires, le coût de la logistique était d’environ 20 dollars (environ 19,70 euros) par tonne exportée. Ce chiffre a été multiplié par dix depuis qu’il faut transporter les céréales par camions ou trains vers les frontières mal adaptées de l’Union européenne ou vers les petits ports du Danube, par des voies sous-dimensionnées au vu de la quantité concernée.

Résultat, des coopératives et compagnies agricoles font le choix de stocker leur récolte en cours, en attendant que les prix remontent.

Dégâts matériels importants

A Krasne, dans l’oblast de Tchernihiv, Vyacheslav Tsarev, ancien policier et joueur de basket aux allures de cow-boy, est aujourd’hui responsable de la sécurité d’Agricom Group, une compagnie agricole à mi-chemin entre Kiev et la frontière russe au nord.

L’exploitation était entre les lignes russes et ukrainiennes pendant un mois et demi jusqu’au départ des Russes de cette partie de l’Ukraine. « On a pu commencer à revenir à partir du 4 avril, voir l’étendue des dégâts », explique M. Tsarev. Côté dégâts matériels, on compte cinq tracteurs, sept voitures et camionnettes, une moissonneuse-batteuse qui gît, carbonisée, sur le bord d’un champ de blé.

Vyacheslav Tsarev, chef de la sécurité de la compagnie agricole Ivanivka, dans la région de Chernihiv (Ukraine), le 12 juillet 2022.

« Un employé a bien tenté de la mettre à l’abri, mais il a dû l’abandonner là à cause d’un bombardement », poursuit le responsable d’Agricom. Une bonne vingtaine de missiles Ouragan ont été retrouvés dans les champs, sans compter ceux qui ont détruit quelques bâtiments. Sur les 9 500 hectares de la compagnie, 600 restent non travaillés car trop dangereux. « On attend les démineurs. »

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via LeMonde

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