Sur l’île grecque de Kos, la détention des demandeurs d’asile est quasi systématique

Des réfugiés en provenance des îles de Lesbos, Chios, Samos, Kos et Leros arrivent au port de Lavrio, le 29 septembre 2020.

« C’était comme un cauchemar sans fin, je ne trouvais plus le sommeil. » Karim (les prénoms ont été modifiés par souci d’anonymat), 13 ans, a été enfermé pendant plus de cinq mois dans le centre de rétention de l’île grecque de Kos, avec sa mère, sa sœur de 14 ans et son frère de 8 ans. Après le rejet de sa demande d’asile par les autorités, la famille syrienne a été déplacée dans une autre partie du camp, située sur les hauteurs d’une colline aux arbustes épineux, à 3 km du paisible village de Pyli.

Cloîtrés dans un conteneur blanc avec une minuscule fenêtre, ils ne pouvaient ni sortir, ni avoir de contacts avec le monde extérieur, suivre des cours, recevoir des ONG ou des avocats. « Quand la police nous a annoncé que nous pouvions rester encore un an dans cette prison, j’ai pleuré, je n’arrivais pas à m’arrêter… », raconte l’adolescent, encore traumatisé. Submergé par le stress et l’ennui, Karim ne peut même plus passer d’appel vidéo avec son père, qui se trouve en Allemagne. Les policiers détruisent toutes les caméras des téléphones portables des migrants. « Personne ne raconte ce qu’il se passe à l’intérieur. La nourriture distribuée est périmée. Un homme est mort lors de notre séjour. Mes enfants étaient terrifiés et me demandaient si, nous aussi, nous allions mourir ici… », relate, émue, la mère, Sarah.

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Le 24 mars, Macky Diabete, 44 ans, un ressortissant guinéen, est décédé à la suite d’une occlusion intestinale à quelques mètres d’eux. Une enquête sur les circonstances de sa mort a été ouverte. Selon Amin, détenu pendant dix-huit mois dans ce même centre et interrogé par l’ONG Refugee Support Aegean (RSA), « pendant trois jours, il suppliait pour qu’on l’emmène voir un docteur, les policiers lui répondaient qu’il n’y avait pas de voiture pour le transporter ni de médecin capable de se déplacer ». Quelques jours après, un Kurde de 24 ans s’est suicidé dans le camp de rétention de Corinthe, à 80 km d’Athènes.

La détention comme norme

Pendant sa détention, Karim « a déjà pensé au pire. Il a eu de nombreuses attaques de panique et il ne s’est pas alimenté pendant plusieurs jours », avoue Sarah. Aucune aide psychologique ne lui a été proposée. Seuls un médecin et une infirmière leur ont rendu quelques fois visite et leur ont recommandé de prendre des « somnifères ».

Le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) a pointé le manque d’aide légale gratuite. « Ces centres de rétention sont une zone grise, où les demandeurs d’asile ne savent pas combien de temps ils doivent rester, ni pourquoi ils s’y trouvent, puisqu’ils n’ont commis aucun crime », souligne l’association d’aide juridique Equal Rights Beyond Borders. « Nous devenons fous. Depuis dix-huit mois que je suis ici, j’ai déjà assisté à trois tentatives de suicide et c’est nous, les autres détenus, qui les avons empêchés d’aller jusqu’au bout, pas la police », rapporte Amin.

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via LeMonde

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