« Taïwan face à la Chine » : l’avenir n’est pas écrit


Le livre « Taïwan face à la Chine », de Valérie Niquet (Tallandier, 240 p., 19,90 euros).

Livre. Totalement en marge des grands enjeux diplomatiques mondiaux il y a encore cinq ans, Taïwan est aujourd’hui perçue comme l’un des principaux « points chauds » de la planète. Vladimir Poutine officialise-t-il le 23 février son intention de mener une « opération militaire spéciale » en Ukraine ? Immédiatement, la présidente Tsai Ing-wen rassure ses compatriotes : Taïwan n’est pas l’Ukraine. Trois mois plus tard, Joe Biden effectue-t-il son premier voyage en Asie ? Le président américain établit au contraire un parallèle entre les deux situations et annonce, de Tokyo, que les Etats-Unis défendraient militairement l’île si Pékin, qui aujourd’hui « flirte avec le danger », l’envahissait. Pourtant, rien ne l’y oblige : les Etats-Unis se sont seulement engagés à donner à Taïwan les moyens de se défendre. Difficile aujourd’hui d’ignorer que ce territoire de 23,5 millions d’habitants, situé à une centaine de kilomètres des côtes chinoises, est un modèle de démocratie mais que le Parti communiste chinois, qui n’a jamais reconnu son indépendance, a fait de la « réunification » un des piliers du « renouveau de la nation chinoise » promu par le président Xi Jinping.

Dans son essai, Valérie Niquet, chercheuse à la Fondation pour la recherche stratégique, ne perd d’ailleurs pas de temps et intitule son premier chapitre « Vers la guerre ? ». Le point d’interrogation est évidemment important et la chercheuse se garde bien d’y répondre tant dans ce chapitre que dans le chapitre « David contre Goliath » qui clôt le livre. Fervente défenseure des valeurs démocratiques, Valérie Niquet est d’ailleurs convaincue que la Chine a davantage de faiblesses qu’on ne le dit et qu’à long terme, le plus fort n’est pas forcément celui qui aligne le plus de capacités militaires.

Si, actualité oblige, ces développements militaro-stratégiques seront au cœur de la campagne de promotion du livre, ils n’en constituent pourtant qu’une partie. L’intérêt principal de l’ouvrage est même ailleurs : dans la description des liens passés et présents entre Taïwan, la Chine mais aussi le Japon, qui a occupé l’île de 1895 à 1945. Des liens à chaque fois paradoxaux qui contribuent à rendre Taïwan si passionnante et attachante, bien au-delà de son intérêt stratégique.

La colonisation japonaise

Qu’une grande nation considère qu’elle dispose d’un droit légitime à exercer son influence sur les pays qui l’entourent n’est pas nouveau. C’est l’essence même de la doctrine Monroe, du nom du cinquième président des Etats-Unis, James Monroe (1758-1831), jamais totalement abandonnée. Mais ce n’est pas du tout ce qui a caractérisé jusqu’ici les relations entre la Chine et l’ancienne Formosa. A deux reprises, des troupes chinoises ont débarqué dans l’île : en 1661 et en 1949. Non pour accroître un empire, mais au contraire pour y trouver refuge face à un nouveau pouvoir sur le continent : la dynastie Qing au XVIIe siècle, les communistes au XXe.

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via LeMonde

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