Tanzanie : le gouvernement accuse des Masaï kényans de prêter main-forte aux opposants à une réserve naturelle


A Nairobi, des membres de la communauté masaï du Kenya protestent contre les expulsions touchant leur ethnie en Tanzanie, le 17 juin 2022.

Mercredi 22 juin, le gouvernement tanzanien a annoncé lancer une opération contre les « immigrants illégaux » à Loliondo, dans le nord du pays, soupçonnant des Masaï kényans de traverser la frontière pour aider la communauté locale opposée à la création d’une zone naturelle protégée.

Les bergers masaï de Loliondo s’opposent aux autorités tanzaniennes, qu’ils accusent de vouloir les expulser d’une partie de leur zone d’habitat historique pour en faire une zone réservée aux safaris et à des chasses privées. Le gouvernement dément et affirme simplement vouloir protéger de l’activité humaine 1 500 km2 sur les 4 000 de cette région située entre la frontière avec le Kenya, le parc du Serengeti et la réserve naturelle de Ngorongoro.

La pose de « balises » délimitant ces 1 500 km2 a donné lieu à des heurts, le 10 juin, causant la mort d’un policier et faisant 30 blessés parmi les opposants après des tirs à balles réelles des forces de sécurité, selon des experts de l’ONU. Vingt Masaï ont été inculpés et l’opération de balisage est terminée, ont annoncé mercredi le ministre du tourisme, Pindi Chana, et le préfet pour la région d’Arusha, John Mongella.

« Expulsion forcée »

La communauté masaï vit à cheval sur le Kenya et la Tanzanie et le gouvernement soupçonne des Kényans de venir prêter main-forte aux opposants au projet gouvernemental.

« Suivant les directives du ministre de l’intérieur, nous allons mener une opération spéciale pendant dix jours contre les immigrants illégaux autour de Loliondo et dans le district de Ngorongoro dans son ensemble », a déclaré mercredi la commissaire générale à l’Immigration, Anna Makakala. Le ministre de l’intérieur, Hamad Masauni, avait demandé la semaine dernière des mesures sévères pour freiner « l’afflux d’immigrants illégaux, dont la plupart ont conduit leurs troupeaux […] dans la zone protégée de Loliondo ».

Militants locaux et ONG de protection des droits humains dénoncent les opérations du gouvernement à Loliondo. Amnesty International les a qualifiées d’« expulsion forcée illégale », « choquante à la fois par son ampleur et sa brutalité ». Les opposants ont saisi la Cour de justice d’Afrique de l’Est, qui a annoncé que son jugement attendu mercredi était reporté « en raison de circonstances inévitables », sans plus de précision.

En 2009, des milliers de familles masaï avaient été déplacées de Loliondo pour permettre à une société de safari émiratie, Ortelo Business Corporation, d’y organiser des expéditions de chasse. Le gouvernement a annulé cet accord en 2017 après des accusations de corruption.

Le Monde avec AFP

via LeMonde

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