Tensions entre civils et militaires à la tête du pouvoir soudanais

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Le général Abdel Fattah Abdelrahman Al-Bourhane s’adresse aux délégués après avoir signé une déclaration de principes entre le gouvernement de transition soudanais et le Mouvement populaire de libération du Soudan du Nord, à Juba, au Soudan du Sud, le 28 mars 2021.

L’homme est sur toutes les ondes. Quotidiennement ou presque, il enchaîne les discours politiques et les apparitions. Pas de costume cravate ou de plateau télé, le général Abdel Fattah Abdelrahman Al-Bourhane préfère s’adresser à ses troupes en treillis, crâne rasé impeccable, et moustache poivre et sel bien taillée. Lundi 11 octobre, le chef du Conseil de souveraineté, l’organe chargé de superviser la période de transition au Soudan, a de nouveau harangué une foule d’officiers et de soldats réunis à Bahri, dans le nord de Khartoum. Il a exigé la dissolution du gouvernement. Une déclaration qui va à l’encontre de l’accord conclu avec les partis civils issus de la révolution de 2019, qui donne au premier ministre seul la tâche de former le gouvernement.

La crise politique couvait depuis des mois. Elle a été précipitée par la tentative de coup d’Etat déjouée le 21 septembre et fomentée, selon les autorités, par les soutiens du président déchu, Omar Al-Bachir. « Que le coup d’Etat soit avéré ou non, il s’est révélé politiquement utile pour les composantes militaires et civiles au pouvoir depuis 2019. Les uns ont pu se présenter comme les hommes providentiels. Les autres ont pu retrouver le soutien de la rue après des mois d’impopularité », analyse Magdi El-Gizouli, chercheur au Rift Valley Institute.

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Presque immédiatement après l’annonce par la télévision d’Etat du putsch manqué, le général Abdel Fattah Abdelrahman Al-Bourhane est apparu triomphant dans les casernes de la division blindée d’où est partie la mutinerie. Il s’est posé en « gardien » de la révolution soudanaise, assurant que l’armée était la seule à même de mener le pays jusqu’aux élections prévues début 2024. A ses côtés, le vice-président, Mohammed Hamdan Daglo, alias « Hemetti », commandant des Forces de soutien rapide – une puissante milice paramilitaire –, est allé encore plus loin, accusant « les politiciens » d’être « la principale cause du coup d’Etat pour avoir négligé les citoyens de base ». Les deux hommes ont annoncé qu’ils ne siégeraient plus aux côtés des civils dans les instances de transition.

« Rhétorique agressive »

Ces derniers n’ont pas tardé à contre-attaquer. Pour la première fois, le premier ministre, Abdallah Hamdok, s’est permis de critiquer publiquement la présence d’officiers islamistes dans les rangs d’une armée soudanaise que le général Al-Bourhane refuse de purger pour maintenir l’unité et la cohésion de l’institution. Le chef du gouvernement a réitéré ses appels à une refonte intégrale des forces de sécurité ainsi qu’à la reprise en main des entreprises gérées par les militaires sous la supervision de son cabinet. Outre son rôle politique prépondérant, l’armée conserve, en effet, la mainmise sur de nombreux pans de l’économie soudanaise (agriculture, télécommunication, ressources minières). Le secteur de la défense représente à lui seul 12 % du budget de l’Etat.

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via LeMonde

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