Terres rares : « La face cachée peu reluisante du défi climatique n’a pas fini d’inquiéter les électeurs, du Groenland ou d’ailleurs »

Près de Narsaq, dans le sud du Groenland, où se trouve un projet d’exploitation d’un gisement de terres rares.

La plus grande île du monde est aussi la moins peuplée. L’équivalent de la population d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), 56 000 habitants, se partage le Groenland, un territoire grand comme la moitié de l’Union européenne, recouvert de glace à 80 %. L’un des derniers espaces préservés de la planète. Et, pourtant, les préoccupations environnementales ont fait tomber le gouvernement. Le parti écologique et de gauche Inuit Ataqatigiit (IA) a remporté les élections législatives du 6 avril, en s’opposant à l’exploitation d’un gisement de terres rares situé dans le sud de l’île. Un mouvement scruté autant à Washington qu’à Pékin ou à Bruxelles, tant l’accès aux ressources minières promet d’être le grand défi de la transition énergétique.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Au Groenland, « l’élection de l’uranium »

Les terres rares sont 17 métaux aux noms exotiques (lanthane, cérium, néodyme, prométhium…) dont les propriétés magnétiques les rendent indispensables à la construction des smartphones, des éoliennes et des voitures électriques, sans parler des sous-marins nucléaires et des avions de chasse. Ils ne sont pas si rares, puisque l’on en trouve en Amérique, en Australie, en Asie et même en Europe. Seul problème : leur raffinage est extrêmement polluant. Il rejette des déchets toxiques, voire radioactifs. L’uranium est un voisin des terres rares et c’est lui qui inquiète le parti Inuit.

Un boulevard laissé à la Chine

En conséquence, les Occidentaux se sont désintéressés de cette production peu ragoûtante, laissant à la Chine et à ses milliers de mineurs moins regardants un boulevard pour s’imposer sur ce marché. Le pays détient près de 80 % de la production mondiale de ces métaux. L’enjeu géopolitique est tellement évident que l’information, en février, selon laquelle Pékin avait étudié l’effet d’un embargo sur la construction des chasseurs F35 américains a provoqué l’émoi à Washington.

La prise de conscience de la nécessité de sortir de la nasse chinoise ne date pas d’hier. Le projet groenlandais en est la preuve, même si le premier actionnaire à hauteur de 10 % de la firme australienne exploitante n’est autre que Shenghe Resources, l’un des champions chinois du domaine. Le président américain, Joe Biden, et la Commission européenne tentent de pousser des solutions plus « locales », au moment où la bascule vers la voiture électrique va faire exploser la demande pour tous ces métaux.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « La bataille des terres rares passe par la relance de la production hors de Chine »

Un défi qui n’est pas seulement géostratégique, mais aussi environnemental et économique. Les prix chinois sont si bas qu’une production « propre » ailleurs rendrait difficile sa rentabilité et ferait exploser les prix de la transition énergétique sur l’ensemble de la filière. les investisseurs ou les Etats accepteront-ils de financer des projets bien plus coûteux ? Surtout si l’on se penche aussi sur le triste sort du cobalt, de l’argent, du nickel et des autres métaux indispensables aux batteries électriques et extraits, en Afrique ou en Asie, dans des conditions pires encore. La face cachée peu reluisante du défi climatique n’a pas fini d’inquiéter les électeurs, du Groenland ou d’ailleurs.

via LeMonde

Total
1
Shares
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Previous Post

Les anti-uranium remportent  largement les élections au Groenland

Next Post

Brésil : une situation sanitaire « absolument dramatique »

Related Posts