Toujours pas d’accord entre Paris et Londres sur les licences de pêche post-Brexit

Les négociations achoppent entre la France et le Royaume-Uni. A quarante-huit heures de l’expiration de dizaines de licences de pêcheurs français, Londres a annoncé, mardi 28 septembre, l’octroi prochain de seulement douze autorisations supplémentaires. Un nombre loin de celui réclamé par la France.

L’accord post-Brexit négocié par l’Union européenne (UE) prévoit que les pêcheurs européens pourront continuer à se rendre dans certaines eaux britanniques à condition d’obtenir une licence, accordée s’ils peuvent prouver qu’ils y pêchaient auparavant. Londres, ainsi que les îles semi-autonomes anglo-normandes Jersey et Guernesey, n’ont pas accordé toutes les autorisations demandées par les bateaux français, ce qui provoque de nombreuses tensions depuis plusieurs mois.

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Le gouvernement britannique a annoncé, mardi, qu’il accorderait douze nouvelles licences sur quarante-sept demandées, pour l’accès à une zone située entre 6 milles nautiques et 12 milles nautiques des côtes britanniques (Paris parle de quatre-vingt-sept demandes). Au total, en incluant les autorisations délivrées précédemment par Londres, cent licences sur 175 ont été accordées, selon le ministère français de la mer.

« C’est un nouveau refus des Britanniques de mettre en application les conditions de l’accord du Brexit malgré tout le travail entrepris ensemble », a déclaré Annick Girardin, la ministre française de la mer, qui hausse le ton :

« Je n’ai plus qu’un seul mot d’ordre : obtenir des licences définitives pour nos pêcheurs comme le prévoit l’accord. La pêche française ne doit pas être prise en otage par les Britanniques à des fins politiques. »

« Ça va mal se terminer »

A cela s’ajoute le cas des eaux de Jersey et de Guernesey, pour lesquelles de nombreuses licences provisoires expireront le 30 septembre. Dans un geste d’apaisement, le gouvernement de Jersey – l’île est située à quelques encâblures des côtes normandes –, a annoncé, vendredi, qu’il octroierait des autorisations à des bateaux de l’UE. Il renouvellera également des licences provisoires qui expirent dans quarante-huit heures, jusqu’au 31 janvier 2022, pour ceux qui peinent à rassembler les justificatifs demandés.

Un nouveau délai mal perçu par les pêcheurs français, prêts à en découdre en cas de trop timides avancées. De son côté, Guernesey renouvelle de mois en mois les licences provisoires. Au total, Paris attend encore des réponses pour 169 demandes d’autorisations définitives à Jersey, et 168 à Guernesey.

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Comme ses collègues de Normandie ou des Hauts-de-France, le président du comité régional des pêches de Bretagne, Olivier Le Nezet, est résolu au coup de poing « s’il le faut », « puisqu’il n’y a que cela que les Anglais comprennent ». « A ce jeu-là, ça va mal se terminer », redoute-t-il, fatigué à l’idée « d’aller faire le siège de Jersey tous les quatre-cinq mois ».

Les pêcheurs français plaident pour des mesures de rétorsion immédiates : interdire aux bateaux anglais de débarquer, réduire la coopération économique ou universitaire avec les îles anglo-normandes. Paris dit « étudier » le sujet, avec Bruxelles en arbitre.

Vers une nouvelle date butoir

Début mai, des dizaines de bateaux de pêcheurs normands et bretons s’étaient massées dans le port de Saint-Hélier, à Jersey, pour défendre leur droit de continuer à pêcher dans ces eaux, provoquant l’envoi par Londres de deux patrouilleurs pendant quelques heures. Ce coup de fièvre avait abouti à l’allongement des délais sans rien changer au fond : les flottes européennes devront renoncer à 25 % de leurs captures dans les eaux britanniques à l’issue d’une période de transition courant jusqu’en juin 2026.

« On a passé des mois à réunir toutes les pièces justificatives, notamment pour les petits bateaux qui n’ont pas de système de localisation satellitaire, on a tout donné », affirme Jean-Luc Hall, président du Comité national des pêches.

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Du côté du ministère français, on souligne aussi les efforts déjà consentis, avec des demandes totales pour Jersey passées de « 344 navires en janvier à 216 aujourd’hui », dont seules quarante-sept ont été définitivement validées.

Une lassitude partagée par des pêcheurs de Jersey, qui veulent protéger leur flottille de petits bateaux contre les géants qui frayent en Manche, mais redoutent « des années très difficiles » s’ils perdent leurs débouchés européens pour leurs homards et pour leurs coquilles Saint-Jacques.

Le Monde avec AFP

via LeMonde

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