Transports : le Royaume-Uni craint un « été du mécontentement »


Des trains immobilisés à Londres, le 21 juin 2022.

Des gares désertées, mais de rares trains pris d’assaut. Un métro de Londres pratiquement à l’arrêt. Et un pays, sous un soleil d’été, qui a très largement travaillé à la maison, évitant les déplacements. Le Royaume-Uni a connu, mardi 21 juin, sa plus grande grève des trains depuis 1989. Conformément à la loi, un minimum de trafic est resté en place, mais à peine 20 % des trains fonctionnaient. Mike Lynch, le secrétaire général du syndicat Rail, Maritime and Transport Workers (RMT) pouvait se réjouir en début de soirée : « C’est fantastique de voir la grève aussi suivie. Cela a dépassé nos attentes. »

Deux autres journées de débrayage sont prévues cette semaine, mais ce n’est qu’un début, avertit-il : « Les membres du RMT montrent la voie pour tous les travailleurs du pays qui en ont ras-le-bol de voir leurs salaires et leurs conditions de travail détruits par la conjonction des profits des grandes entreprises et de la politique gouvernementale. »

Les médias britanniques, jamais à court d’images, évoquent déjà un « été du mécontentement », en référence au fameux « hiver du mécontentement » de 1979, quand d’immenses grèves avaient immobilisé le pays, des usines jusqu’au ramassage des ordures, en passant par les fossoyeurs.

Epreuve de force

L’ampleur du mouvement actuel n’est pas comparable avec celui de la fin des années 1970, mais le mécontentement social est inhabituellement répandu pour le Royaume-Uni. Outre les transports, des mouvements sociaux pourraient éclater dans les hôpitaux, les écoles, la poste, des collectivités locales et même chez les avocats.

La colère découle essentiellement de la soudaine chute du pouvoir d’achat. Outre-Manche, l’inflation était de 9,1 % en mai. Elle devrait atteindre 11 % à l’automne, d’après les prévisions de la Banque d’Angleterre. Dans le même temps, les salaires augmentent fortement dans le secteur privé (8 %), essentiellement grâce à des bonus, mais ils n’ont pas suivi dans le public (1,5 %). Pour les quelque 5,7 millions de salariés de ce secteur, cela représente une violente réduction du salaire réel, qui fait suite à une décennie d’austérité.

En guise de compensation, le RMT, qui ne représente pas les conducteurs de train mais tous les autres salariés du ferroviaire, réclame une augmentation de 7 %. Cela représente moins que l’inflation parce que les négociations ont débuté en décembre 2021, avant la guerre en Ukraine, lorsque personne n’anticipait une telle flambée des prix. Les treize entreprises ferroviaires, de droit privé mais régulées par les autorités publiques, ne proposent que 3 %. A cette épreuve de force sur les salaires s’ajoute la possible suppression de 1 800 emplois à Network Rail, l’entreprise publique qui gère les voies ferrées. Avec la pandémie de Covid-19 et le développement du télétravail, l’utilisation du train est en forte baisse et des économies sont nécessaires. Le RMT affirme que ce projet met en danger la sécurité du réseau.

Il vous reste 41.16% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

via LeMonde

A lire aussi

Commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Instagram

#LuBess