Turquie : le président Erdogan resserre la vis contre ses opposants


Le président turc Recep Tayyip Erdogan lors d’une conférence de presse à Ankara, en Turquie, le 9 mai 2022.

Poursuivis, condamnés, menacés d’inéligibilité, les opposants politiques du président turc, Recep Tayyip Erdogan, se retrouvent dans le viseur de la justice à environ un an de la présidentielle, prévue en juin 2023. Principale formation d’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP) est particulièrement ciblé.

Canan Kaftancioglu, sa représentante pour la ville d’Istanbul, a été condamnée en appel, jeudi 12 mai, par la Cour suprême à quatre ans et onze mois de prison pour « insulte au président », « insulte à la fonction publique » et « insulte à l’Etat turc ».

Les accusations contre elle ont été établies sur la base de tweets publiés entre 2012 et 2017. Dans l’un d’eux, l’opposante critiquait l’absence d’enquête sur la mort de Berkin Elvan, un garçon de 14 ans, touché mortellement par une grenade lacrymogène lors des manifestations antigouvernementales du mouvement de Gezi en 2013.

Frappée d’inéligibilité

« Nous respirerons ensemble quand nous rétablirons l’Etat de droit », a écrit l’opposante sur Twitter à l’énoncé du verdict. Le maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, a pour sa part dénoncé une « décision politique ». « Je suis derrière notre présidente », a-t-il tweeté jeudi.

Laissée en liberté pour le moment, Canan Kaftancioglu se retrouve néanmoins frappée d’inéligibilité, ce qui pénalise le parti à la veille d’élections – présidentielle et législatives – cruciales. De plus en plus critiqué pour sa mauvaise gouvernance économique (70 % d’inflation), le gouvernement islamo-conservateur craint la montée en puissance de l’opposition, réunie autour d’un projet commun, à savoir l’abolition du système présidentiel absolutiste mis en place par M. Erdogan.

Depuis le début de ses déboires judiciaires, l’opposante, âgée de 50 ans et médecin légiste de formation, dénonce un « procès politique » visant à la punir pour son rôle dans la victoire de l’opposition aux municipales à Istanbul en 2019. Les islamo-conservateurs du Parti de la justice et du développement (AKP), fondé et dirigé par M. Erdogan, n’ont jamais digéré la perte d’Istanbul aux municipales du printemps 2019, remportées par Ekrem Imamoglu, le candidat du CHP.

Canan Kaftancioglu avait joué un rôle décisif dans la victoire de celui-ci. Elle était, selon la presse progouvermentale, « la femme derrière Imamoglu ». « Depuis, l’AKP m’a accroché une cible dans le dos », avait-elle confié au Monde en 2021.

« Erdogan accentue la répression, car il perd du terrain en raison de la crise économique qui monte. L’AKP tente de se venger d’avoir perdu Istanbul en envoyant Canan Kaftancioglu en prison », a commenté jeudi sur Twitter Seren Selvin Korkmaz, du groupe de réflexion IstanPol. La condamnation de cette alliée d’Ekrem Imamoglu illustre la volonté des autorités d’affaiblir le maire, donné par les sondages comme l’homme politique le plus à même de détrôner le président Erdogan en 2023.

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via LeMonde

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