Turquie : l’étau se resserre sur le HDP, parti de la gauche prokurde

Des sympathisants du Parti démocratique des peuples (HDP, gauche prokurde) lors d’un rassemblement de soutien aux étudiants de l’université du Bosphore, à Istanbul, en Turquie, le 4 février 2021.

Le ministère turc de la justice a demandé au Parlement, jeudi 25 février, de lever l’immunité parlementaire de vingt-cinq députés de l’opposition, visés par des enquêtes judiciaires. Parmi eux figurent vingt élus du Parti démocratique des peuples (HDP, gauche prokurde), accusés de soutien au « terrorisme ». Dominé par le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) du président Recep Tayyip Erdogan et ses alliés ultra-nationalistes, la Chambre devrait prendre sa décision dans les semaines à venir.

Le numéro un turc, qui est aussi le chef de l’AKP, n’a aucun doute sur l’issue du vote : « A l’Assemblée, les mains se lèveront immédiatement », a-t-il assuré mercredi lors d’une rencontre avec les élus de sa formation.

C’est un nouveau coup dur pour le HDP, la deuxième force d’opposition au Parlement, dont les militants, les cadres et les élus sont victimes d’une répression impitoyable de la part de la coalition islamo-nationaliste au pouvoir. Arrestations, lourdes condamnations, perquisitions, attaques sur les locaux du parti sont autant de coups portés à sa survie. Jusqu’ici, 59 maires de localités kurdes affiliés au HDP et élus démocratiquement lors des municipales de 2019 ont été destitués, arrêtés et remplacés par des administrateurs nommés par le pouvoir.

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Fort de 58 députés au Parlement depuis les élections législatives de juin 2018, le HDP a déjà perdu une dizaine d’élus, aujourd’hui emprisonnés, dont Selahattin Demirtas, son fondateur. Ecroué depuis 2016, cet avocat risque cent quarante-deux ans de prison dans le cadre de procédures judiciaires iniques. On lui reproche par exemple d’avoir prononcé le mot « Kurdistan » dans un discours prononcé il y a sept ans. Sa détention provisoire a été dénoncée par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), qui réclame sa libération.

Versions divergentes sur la mort d’otages turcs

Visiblement, tous les prétextes sont bons pour faire taire le parti de la gauche prokurde. Récemment, le parquet d’Ankara a réclamé la levée de l’immunité parlementaire de neuf élus du HDP, accusés d’avoir « provoqué » les violentes manifestations qui avaient éclaté à travers le pays en octobre 2014, faisant une cinquantaine de morts. A l’époque, les manifestants s’étaient élevés contre l’inaction des autorités turques face au calvaire enduré par Kobané, une ville syrienne en majorité peuplée de Kurdes, alors encerclée et pilonnée par les djihadistes de l’organisation Etat islamique (EI).

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via LeMonde

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