Ukraine : Emmanuel Macron, Olaf Scholz et Mario Draghi à Kiev pour une visite de « soutien »


Le président du conseil italien, Mario Draghi (2e, gauche), le président français, Emmanuel Macron (3e, gauche), et le chancelier allemand, Olaf Scholz (à droite), en visite à Irpine, le 16 juin 2022.

Le président français, Emmanuel Macron, le chancelier allemand, Olaf Scholz, et le président du conseil des ministres italien, Mario Draghi, se sont rendus, jeudi 16 juin, à Kiev pour une visite inédite de « soutien » aux Ukrainiens, alors que l’Union européenne (UE) doit décider la semaine prochaine si elle accorde à l’Ukraine le statut officiel de candidat à l’UE.

Arrivé en gare de Kiev après près de dix heures de train depuis le sud-est de la Pologne, M. Macron, qui assume jusqu’au 30 juin la présidence tournante de l’UE, a déclaré que les dirigeants étaient venus adresser « un message d’unité européenne » et de « soutien » à Kiev « à la fois pour le présent et pour l’avenir ».

En visitant ensuite Irpine, une des banlieues de Kiev dévastées au début de la guerre par l’offensive russe ratée sur la capitale, le président français s’est défendu de toute « ambiguïté » dans son soutien à Kiev, lui qui a été très critiqué pour avoir affirmé qu’il ne fallait pas « humilier » la Russie.

« Il faut que l’Ukraine puisse résister et l’emporter [face à l’armée russe]. La France est aux côtés de l’Ukraine depuis le premier jour (…), nous sommes aux côtés des Ukrainiens sans ambiguïté. »

« Nous reconstruirons tout », assure Mario Draghi

Le chancelier allemand, Olaf Scholz, critiqué lui pour le peu de livraisons d’armes allemandes à l’Ukraine, n’a pas fait de déclaration formelle pour l’instant. Il a déclaré que la visite visait « à manifester notre solidarité » et à « assurer que l’aide que nous organisons, financière, humanitaire, mais aussi militaire, se poursuivra (…) aussi longtemps qu’il le faudra pour la lutte pour l’indépendance de l’Ukraine », dans un entretien au quotidien Bild publié à son arrivée à Kiev.

Comme d’autres dirigeants européens venus à Kiev avant eux, les dirigeants ont déambulé dans les rues d’Irpine, s’arrêtant devant des bâtiments détruits par les combats ou une voiture calcinée, et visionnant une vidéo d’Irpine au cœur des combats. A l’issue de cette visite, le président français a loué « l’héroïsme » des Ukrainiens.

« C’est ici, entre autres, que les Ukrainiens ont arrêté l’armée russe qui descendait vers Kiev. Donc il faut se représenter l’héroïsme de l’armée, mais aussi de la population ukrainienne », a déclaré M. Macron, évoquant « les stigmates de la barbarie » et les enquêtes en cours sur les crimes de guerre dont les Ukrainiens accusent les forces russes. Des centaines de civils ont été tués dans les villes d’Irpine, de Boutcha et de Borodianka, pendant l’occupation russe de cette région en mars. Des enquêtes internationales sont en cours.

« Nous reconstruirons tout », a assuré quant à lui M. Draghi, à l’issue de la visite. Les Russes « ont détruit des écoles maternelles, des terrains de jeux. Tout sera reconstruit », a-t-il affirmé M. Draghi à la presse. « Une grande partie de ce que [les Ukrainiens] m’ont dit concerne la reconstruction », a-t-il poursuivi, évoquant leur « espoir » quant à « ce qu’ils veulent faire dans le futur ». Selon lui, « ils ont déjà commencé », notamment grâce à une application qui « recense chaque endroit qui a été détruit ». Ainsi, les autorités « savent exactement où se trouvent les sites à reconstruire », a-t-il ajouté face à la presse.

L’adhésion de l’Ukraine à l’UE au cœur des discussions

De gauche à droite : Olaf Scholz, Emmanuel Macron, Volodymyr Zelensky, Mario Draghi et le président roumain, Klaus Iohannis, sur le parvis du palais présidentiel, le 16 juin, à Kiev.

Les quatre dirigeants sont ensuite retournés dans le centre de Kiev pour des entretiens avec le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, avant une conférence de presse commune dans l’après-midi.

La capitale ukrainienne a repris vie depuis le retrait russe de la région, mais est encore occasionnellement frappée par des tirs. Les sirènes d’alerte y retentissent fréquemment, comme cela a été le cas peu après l’arrivée des dirigeants européens.

La question d’une adhésion de l’Ukraine à l’UE devrait être au cœur des discussions. M. Zelensky martèle que son pays, en défendant « les valeurs » de l’Europe face à l’agression russe, a gagné le droit de rejoindre le bloc européen, que l’UE refusait d’envisager avant le début de l’invasion russe. Les Vingt-Sept doivent décider, lors d’un sommet les 23 et 24 juin, s’ils accordent dans un premier temps à l’Ukraine le statut officiel de candidat à une adhésion, début d’un processus de négociations qui peut durer des années. La Commission européenne doit faire connaître sa recommandation vendredi.

Mercredi, depuis la Roumanie, le président français avait souligné la nécessité d’envoyer des « signaux politiques clairs » aux Ukrainiens dans une « situation géopolitique inédite ». Parmi les Vingt-Sept, les pays d’Europe de l’Est appuient cette candidature, mais d’autres comme le Danemark ou les Pays-Bas ont exprimé des réserves. Toute décision nécessite l’unanimité.

Demande renouvelée pour plus d’armes lourdes

L’Ukraine pourrait obtenir un statut de candidat sous conditions ou assorti d’une date pour l’ouverture des négociations, selon certains experts. La France se dit « ouverte » à cette candidature, mais propose la création d’une Communauté politique européenne qui permettrait d’ancrer plus vite l’Ukraine à l’Europe, en l’associant à des projets concrets de défense, d’énergie ou d’infrastructures, sans attendre une adhésion. Une proposition fraîchement accueillie à Kiev, qui redoute qu’elle renvoie une adhésion à l’UE aux calendes grecques.

Le président ukrainien devrait également réitérer sa demande d’accélération de livraisons d’armes lourdes. « L’Ukraine doit obtenir tout ce qui est nécessaire pour remporter la victoire », a-t-il insisté, mercredi, devant les députés tchèques. M. Macron a assuré que la France avait contribué à fournir des équipements militaires « défensifs puis offensifs », notamment avec la fourniture de canons automoteurs Caesar, déjà utilisés sur le front du Donbass.

La visite intervient alors que les forces ukrainiennes sont en difficulté dans le Donbass, région de l’est de l’Ukraine partiellement contrôlée par des séparatistes prorusses depuis 2014 et que Moscou s’est fixé pour objectif de contrôler en totalité.

Les Etats-Unis ont annoncé mercredi une nouvelle tranche d’aide militaire à l’Ukraine d’un milliard de dollars, qui comprend notamment des pièces d’artillerie et des obus supplémentaires. « Je veux dire ma gratitude pour ce soutien, il est particulièrement important pour notre défense dans le Donbass », a réagi M. Zelensky dans son message vidéo quotidien. Le chef du Pentagone, Lloyd Austin, a appelé mercredi ses alliés à « intensifier » les livraisons d’armes aux Ukrainiens.

Le Monde avec AFP

via LeMonde

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