Ukraine : le limogeage du patron réformateur de Naftogaz inquiète Washington

Devant le siège de Naftogaz, à Kiev, le 2 décembre 2019.

La décision du gouvernement ukrainien a pris tout le monde par surprise et semé la consternation chez ses partenaires européens et américains, au moment où la situation est tendue en Ukraine, malgré le retrait des troupes russes de la frontière. Mercredi 28 avril, Kiev a limogé le patron du groupe énergétique national Naftogaz, Andriï Koboliev, un réformateur et une figure emblématique de la guerre du gaz avec le géant russe Gazprom. Motif invoqué : la direction du groupe a fourni un travail « insatisfaisant », Naftogaz ayant déclaré une perte nette de 19 milliards de hryvnias (576 millions d’euros) pour 2020, contre un bénéfice net de 2,6 milliards de hrivnias (77 millions d’euros) en 2019. Les autorités ont également limogé le conseil d’observation de Naftogaz, dont l’accord était nécessaire pour le licenciement de M. Koboliev.

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« Profondément inquiets », les Etats-Unis ont dénoncé jeudi une « décision calculée », qui témoigne d’un « mépris des pratiques de gouvernance équitable et transparente ». Le porte-parole du département d’Etat, Ned Price, a accusé Kiev de mettre en péril « un progrès économique durement acquis » et de délaisser des « bonnes pratiques ».

L’Union européenne a elle aussi fait part vendredi de ses « sérieuses préoccupations ». « Les normes de la gouvernance des entreprises doivent être respectées, a averti son porte-parole, Peter Stano. Nous discutons avec nos homologues ukrainiens des conséquences [de cette décision] et nous devons nous garder des conclusions hâtives », a-t-il toutefois ajouté. Eux aussi inquiets, les investisseurs étrangers ont dénoncé, dans un communiqué diffusé par la Chambre de commerce américaine, « le recul de la réforme de la gouvernance des entreprises d’Etat et la repolitisation du processus ».

Le protégé de Washington

Considéré comme le protégé de Washington, Andriï Koboliev, qui dit avoir appris son licenciement par la presse, avait pris la direction du groupe en 2014, juste après l’annexion par la Russie de la péninsule ukrainienne de Crimée, et peu avant l’éclatement de la guerre avec les séparatistes prorusses dans le Donbass, dans l’est du pays.

En sept ans, il s’est battu, avec succès, pour réduire la dépendance de l’Ukraine aux livraisons de gaz russe, mais aussi pour réformer le groupe, jusqu’alors un symbole de la corruption dans le secteur de l’énergie, afin de renforcer sa transparence et sa rentabilité. Naftogaz a dénoncé une « manipulation juridique » de la part du gouvernement, car, selon la loi, seul un conseil consultatif indépendant est autorisé à nommer ou à révoquer le chef de la société.

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via LeMonde

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