Ukraine : les Etats-Unis gagnés par l’euphorie d’une guerre sous-traitée contre la Russie


Le secrétaire américain à la défense, Lloyd Austin (gauche) et son homologue Anthony Blinken, secrétaire d’État (droite), entourent le président ukrainien Volodymyr Zelensky, lors d’une rencontre à Kiev, le 24 avril.

Faire la guerre par parrainage, sans perdre de soldats, est un privilège non dénué de risques. L’engagement des Etats-Unis derrière l’Ukraine est désormais bien établi. Le déplacement surprise dans ce pays, dimanche 8 mai, de Jill Biden l’a illustré de façon symbolique. L’épouse du président américain a rencontré celle de Volodymyr Zelensky dans la ville d’Oujhorod, près de la frontière slovaque. Mais derrière les gestes politiques et les annonces régulières de nouvelles livraisons d’équipements militaires par Washington, il existe aussi une guerre invisible. Le grand public ne connaît pas l’ampleur du partage de renseignements avec l’Ukraine. Depuis plusieurs mois, grâce à ses capacités technologiques, le Pentagone a contribué à protéger les forces ukrainiennes des tirs adverses et les a aidées à mieux cibler les positions russes.

De là à parler d’implication directe dans les attaques contre la Russie ? Washington réfute toute idée de cobelligérance. Toutefois, les distinctions deviennent plus floues, lorsqu’on passe de la théorie à la pratique. Est-ce que le Moskva, navire amiral de la flotte russe, aurait pris l’eau sans renseignements américains ? Le tir d’un missile Neptune a certes été déclenché par les Ukrainiens, infligeant une humiliation à l’armée russe. Mais le 6 mai, le Washington Post a affirmé que ce succès n’aurait pas été possible sans la contribution préalable des Etats-Unis. De quelle nature ? Brouillard volontaire.

« L’Ukraine combine les informations que nous et d’autres fournissons avec le renseignement qu’elle rassemble elle-même, et ils prennent leurs propres décisions », a expliqué le porte-parole du département de la défense, John Kirby. Ce dernier répondait, le 5 mai, à une autre révélation du New York Times. Selon le quotidien, l’armée américaine aurait permis de localiser et tuer une douzaine de généraux russes. Un chiffre spectaculaire. A Washington, le Conseil de sécurité nationale a fait savoir que la présentation du New York Times était « irresponsable » et trompeuse. Les Etats-Unis ne fourniraient aucune information sur les déplacements de haut gradés russes.

Le zèle parfois surprenant de Joe Biden

Cette succession de révélations ne fait pas l’unanimité. Elle ressemble à une sorte de parade de paon, risquant d’accentuer l’exaspération russe. Joe Biden a même dû rappeler à l’ordre les responsables des services concernés et de l’armée. Coordonnée ou spontanée, elle trahit l’inavouable euphorie qui a saisi une partie du « blob », surnom donné au petit cercle des experts en politique étrangère, aux vues consensuelles, au-delà des lignes partisanes. La guerre déclenchée en Ukraine par la Russie est d’une grande clarté morale, avec un agresseur et un agressé. Mais ce contexte et la surenchère de livraisons d’équipements militaires à Kiev (3,7 milliards de dollars), n’effacent pas les interrogations sur la stratégie américaine.

Il vous reste 61.94% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

via LeMonde

A lire aussi

Commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Instagram

#LuBess