Ukraine : où en sont les pourparlers entre la Russie, les Etats-Unis et l’OTAN ? Quels risques d’escalade ? Posez vos questions à nos journalistes

Il y a plusieurs temporalités qui se chevauchent. A Moscou, on explique que c’est le blocage dans le dossier ukrainien qui explique cette impatience : selon la partie russe, les Européens ne sont plus des parrains sérieux du processus de paix de Minsk et ont pris le parti de Kiev. Dans le même temps, l’Ukraine s’arme, notamment avec des drones turcs, pays membre de l’OTAN. Et la Russie lui prête l’intention de mener une offensive de grande ampleur dans le Donbass.

Ensuite, il y a un autre facteur intéressant mis en avant par quelques analystes russes : Vladimir Poutine n’est certes pas sur le départ, mais il songe à son héritage. Et sur ce dossier essentiel pour lui, il entend que cet héritage soit sécurisé, que le retour de la Russie comme une grande puissance soit gravé dans le marbre, et que d’éventuels héritiers ne puissent pas tout défaire. Si l’on parle de politique intérieure russe, il faut aussi remarquer que les périodes de grande tensions internationales, et en premier lieu les guerres, coïncident toujours avec des moments où le pouvoir russe se sent fragilisé en interne.

Enfin, ce à quoi on assiste aujourd’hui est aussi le résultat de trente années de frustrations et de rancoeur russes. Ces trente dernières années, la Russie a la sensation d’avoir été exclue de l’ordre mondial et même européen, qu’elle n’a pu se faire entendre qu’en utilisant son pouvoir de nuisance. C’est le thème cher à Moscou de « l’humiliation » et celui des « promesses non tenues ». Ce dernier sujet est controversé, puisqu’il n’y a jamais eu de promesses écrites, mais les Russes estiment qu’un pacte au moins « moral » a été conclu au début des années 1990, qui excluait un élargissement de l’OTAN dans son ancienne sphère d’influence. C’est douteux mais là n’est pas le problème : aujourd’hui, elle a les moyens de son mécontentement, peut-on dire. Et, dernier point, l’Ukraine est une ligne rouge pour elle, bien plus que les anciens Etats du Pacte de Varsovie.

Benoît Vitkine (Moscou, correspondant) via LeMonde

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