Un « alarmant recul des libertés fondamentales » en Amérique latine

Diffusion télévisée de l’investiture de Daniel Ortega, président du Nicaragua, le 10 janvier 2022. M. Ortega a été réélu le 7 novembre pour un quatrième mandat, lors d’élections largement critiquées.

L’année 2022 s’annonce sombre pour les droits humains et la démocratie en Amérique latine. Deux récents rapports dressent un bilan désolant de la situation politique, économique et sociale dans la région. L’organisation Human Rights Watch (HRW) et le Centre d’études internationales de l’Université catholique du Chili (CEIUC) alertent sur les défis qui attendent de nombreux pays du sous-continent, entre érosion démocratique, atteintes à l’Etat de droit et crise migratoire.

« Le recul alarmant des libertés fondamentales en Amérique latine nous oblige à défendre des espaces démocratiques que nous considérions comme acquis, explique dans un communiqué Tamara Taraciuk Broner, directrice par intérim pour les Amériques de HRW, à l’occasion de la publication, le 13 janvier, du rapport mondial 2022 de l’organisation. Même des dirigeants arrivés au pouvoir par des élections démocratiques ont attaqué la société civile indépendante, la liberté de la presse et l’indépendance judiciaire. »

Et de citer en exemple le Brésil, dont le chef de l’Etat, Jair Bolsonaro, a « menacé le système démocratique » du pays en « tentant d’ébrécher la confiance dans le système électoral, la liberté d’expression et l’indépendance judiciaire ».

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« La pandémie de Covid-19 a eu de dures conséquences, s’alarme, de son côté, le CEIUC, dans son rapport “Risques politiques en Amérique latine 2022”. Vingt millions d’emplois ont été détruits, les niveaux de travail informel ont explosé, l’inégalité a augmenté et la pauvreté touche près d’un tiers [de la population]. » Certains gouvernements, relèvent les deux organisations, ont utilisé la pandémie comme prétexte pour concentrer plus de pouvoirs, limiter la liberté de la presse et violer les droits humains.

Année riche en élections

Le CEIUC cite deux autres rapports : celui de l’Institut international pour la démocratie et l’assistance électorale (IDEA), un organisme intergouvernemental, qui signale que « la moitié des démocraties de la région expérimentent un processus d’érosion démocratique », entraînant comme conséquence que « des régimes hybrides deviennent autocratiques et que les dictatures se consolident ». Et celui de l’organisme d’enquêtes d’opinion Latinobarometro, qui alerte sur le fait que plus de la moitié des Latino-Américains toléreraient un gouvernement non démocratique pourvu qu’il résolve leurs problèmes.

L’année qui s’est écoulée a été riche en élections (Equateur, Salvador, Pérou, Mexique, Nicaragua, Chili, Venezuela, Honduras, Argentine…), qui ne sont pas toujours signe d’une bonne santé démocratique. Au Nicaragua en particulier, les règles les plus élémentaires du droit ont été bafouées lors de la réélection du président, Daniel Ortega, le 7 novembre, sans opposition réelle. Sept candidats ont été arrêtés avant le scrutin, ainsi que de nombreux opposants. « Ces détenus s’ajoutent aux plus de 100 personnes considérées comme critiques qui sont toujours emprisonnées de manière arbitraire dans le contexte de la crise des droits humains commencée en 2018 », souligne HRW dans son rapport.

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via LeMonde

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