Un avion vénézuélien bloqué au sol à Buenos Aires sous le coup d’une enquête


Le Boeing 747-300 immatriculé YV3531 de la compagnie vénézuélienne Emtrasur à l’aéroport international de Cordoba (Argentine), le 6 juin 2022, avant son décollage pour Buenos Aires.

Un avion vénézuélien, des soupçons de liens avec une organisation considérée comme terroriste par les Etats-Unis, un plan de vol singulier en Amérique latine, des membres d’équipage iraniens au passeport confisqué, une enquête judiciaire : le feuilleton du cargo, cloué au sol à Buenos Aires depuis le 8 juin, tient en haleine les Argentins. Signe de l’imbroglio de la situation et des nombreuses questions en suspens, les médias du pays n’ont pas hésité à le rebaptiser « l’avion mystère ».

Lundi 6 juin. Un brouillard épaissit le ciel de Buenos Aires. Le Boeing 747, de la compagnie Emtrasur, filiale de la société vénézuélienne Conviasa, visée par des sanctions américaines, rencontre un premier accroc sur son parcours : pour des raisons climatiques, il doit être détourné vers Cordoba (centre de l’Argentine) avant de pouvoir atterrir un peu plus tard à l’aéroport d’Ezeiza, dans la banlieue de Buenos Aires.

Au cœur de l’affaire, l’histoire de l’appareil et la présence d’Iraniens à bord : le Boeing a en effet appartenu à la compagnie iranienne Mahan Air, qui l’a transféré à Emtrasur. Laquelle l’a réimmatriculé en janvier 2022. Or, Mahan Air est considérée par Washington comme liée aux gardiens de la révolution iraniens. Le transporteur est accusé par le Trésor américain d’être un vecteur des transferts d’armes et de miliciens entre Téhéran et ses alliés au Moyen-Orient. « La propriété de cet avion a été transférée à une société vénézuélienne depuis un an et il n’est pas loué à cette compagnie aérienne », a répondu, le 12 juin, un porte-parole de l’entreprise iranienne, assurant que le Boeing ne lui appartenait plus.

Information d’« agences étrangères »

Le 8 juin, l’appareil, avec 19 membres d’équipage à bord, cinq Iraniens et quatorze Vénézuéliens, tente de rejoindre l’Uruguay, qui lui refuse l’accès, alors que celui-ci est en vol, selon le ministère vénézuélien des affaires étrangères, qui a condamné une « gestion irresponsable », jeudi 16 juin : « L’équipage de l’avion a été contraint de retourner immédiatement à l’aéroport d’Ezeiza, en Argentine, ne disposant pas du carburant réglementaire, mettant ainsi la vie de l’équipage en grave danger. » La raison de ce refus de dernière minute ? Une information reçue de la part d’« agences étrangères », a indiqué le gouvernement uruguayen.

C’est à partir de ce jour-là que l’avion, qui transportait des pièces automobiles commandées par une usine argentine, selon la presse, est immobilisé à Buenos Aires. La justice argentine exerce « un soupçon raisonnable sur le fait que la raison invoquée pour entrer [sur le territoire] pourrait ne pas être la vraie ». Les passeports des cinq Iraniens ont été confisqués. La justice a par ailleurs été saisie par la Délégation des associations juives argentines (DAIA). Les affaires entourant l’Iran restent très sensibles dans le pays, alors que Téhéran est accusé d’être lié à l’attentat contre le siège de l’Association mutuelle israélite argentine et de la DAIA le 18 juillet 1994 (non revendiqué, 85 morts).

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via LeMonde

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