Un ex-ministre danois de la défense poursuivi pour avoir divulgué des secrets d’Etat

Claus Hjort Frederiksen (au centre), alors ministre de la défense danois, à Copenhague, en avril 2019.

C’est le dernier rebondissement dans une affaire désastreuse pour le petit monde de l’espionnage danois. Vendredi 14 janvier, l’ancien ministre de la défense, le libéral Claus Hjort Frederiksen, en poste de juin 2016 à novembre 2019, a confirmé qu’il avait été mis en examen pour avoir fait fuiter des secrets d’Etat. Il encourt jusqu’à douze ans de prison. « Je me suis exprimé comme membre du Parlement dans un dossier politique », s’est-il défendu dans un communiqué, ajoutant qu’il n’aurait « jamais imaginé (…) nuire au Danemark ou aux intérêts danois ».

Si les faits qui lui sont reprochés n’ont pas été précisés, personne au Danemark ne semble douter qu’ils soient en lien avec deux entretiens, donnés par M. Hjort Frederiksen, à propos de la collaboration secrète entre les services de renseignements extérieurs danois (Forsvarets Efterretningstjeneste, FE) et l’agence de renseignements des Etats-Unis (la National security agency, NSA).

En mai 2021, la télévision publique danoise DR avait révélé que la NSA avait espionné des personnalités européennes de premier plan, – dont l’ex-chancelière allemande Angela Merkel –, en 2012 et 2014, en utilisant les systèmes danois d’écoute de câbles sous-marins de télécommunication, en vertu d’un accord avec le Danemark. Pour étayer ses informations, DR mentionnait « neuf sources différentes ayant eu un accès direct à des informations classées », dont un rapport interne, baptisé « Dunhammer », rédigé par quatre agents de FE, en date de mai 2015, qui détaillait les pratiques de la NSA.

Lire l’enquête : Article réservé à nos abonnés Comment des dirigeants européens, dont Angela Merkel, ont été espionnés par la NSA depuis le Danemark

Scandale international

D’une ampleur internationale, le scandale se profilait déjà depuis août 2020. L’autorité de supervision des services de renseignements (Tilsynet med Efterrentingstjenesterne) avait alors publié un communiqué accablant pour la DGSE danoise, accusée d’avoir fait de l’obstruction dans une enquête, ouverte suite à l’intervention d’un lanceur d’alerte. Le communiqué mentionnait des « activités opérationnelles en violation de la législation danoise », consistant notamment à « obtenir et transmettre une quantité importante d’informations sur des ressortissants danois ».

Dans la foulée, le ministère de la défense avait suspendu, le 24 août 2020, quatre responsables des services de renseignements extérieurs, dont le directeur Lars Findsen, pour ne pas avoir collaboré avec de l’autorité de supervision – ils ont tous été blanchis en décembre 2021 par une commission d’enquête nommée par le ministère de la justice. Trois semaines plus tard, le journal Berlingske publiait un premier article, révélant la coopération entre la NSA et FE, ainsi que le rôle des câbles de télécommunication dans la collecte de données.

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via LeMonde

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