Un Franco-Syrien poursuivi en France pour « complicité de crimes »

Son arrestation et son incarcération en France, fin décembre, étaient passées relativement inaperçues, son identité n’ayant pas été communiquée par le parquet. Mais, selon une source proche du dossier, il s’agit de Salah Habib, un Franco-Syrien de 59 ans. L’affaire, elle, est inédite.

L’homme a été mis en examen pour « entente en vue de commettre des crimes contre l’humanité, complicité de crimes contre l’humanité et complicité de crimes de guerre », puis placé en détention provisoire. Il lui est reproché d’avoir fourni du matériel à l’armée syrienne, dont des composants pouvant servir à la fabrication d’armes chimiques. C’est la première fois qu’une mise en examen intervient dans une enquête en France sur des soupçons de soutien à l’armée syrienne et au Centre d’études et de recherches scientifiques, le maître d’œuvre du programme chimique clandestin syrien.

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Salah Habib est loin d’être un inconnu des autorités françaises, selon nos informations. Né en 1962 et marié à une Française, il est propriétaire d’une maison à Aix-en-Provence. C’est en venant y passer les fêtes de fin d’année qu’il a été interpellé.

Les investigations en France ont commencé lorsqu’il a été placé en 2016 – ainsi que la compagnie de transport maritime qu’il dirige, Yona Star – sur la liste noire des sanctions financières établie par l’Office of Foreign Assets Control, un organisme dépendant du Trésor américain. La société était soupçonnée d’avoir fait transiter des marchandises vers Damas, en violation de l’embargo international.

Utilisé pour contourner les sanctions

« Yona Star a longtemps agi en tant qu’agent maritime pour l’armée de l’air syrienne, ainsi que pour d’autres entités du gouvernement, notamment le Centre d’études et de recherches scientifiques, les services de renseignement de l’armée de l’air et le bureau d’approvisionnement de l’armée », souligne le Trésor américain.

Salah Habib est accusé de faire partie du cercle d’hommes d’affaires que le régime utilise pour contourner les sanctions. Un type de profil recherché, à qui il est demandé de s’installer à l’étranger, pour sous-traiter la contrebande de pétrole et d’armes. A cet égard, la double nationalité de Salah Habib ne pouvait être vue que comme un atout. Ne serait-ce que pour ouvrir des comptes en banque.

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Les sociétés intermédiaires comme Yona Star, établies notamment dans les Emirats arabes unis ou au Liban, jouent de l’opacité qui peut y régner en matière commerciale et juridique. Ils importent des matériaux sensibles à l’aide de « certificats d’utilisation finale » (« end user certificates ») qui comportent un engagement de non retransfert, non-exportation ou non-réexportation. Salah Habib, dont la société était enregistrée aux Emirats arabes unis, aurait importé officiellement des matériels dans le pays du Golfe mais les aurait expédiés vers Damas. Sur demande française, les autorités émiraties avaient fini par sévir et l’avaient invité à quitter leur territoire.

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via LeMonde

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