Un haut gradé de la sécurité publique chinoise entre à Interpol

Hu Binchen, sur une photo publiée par Interpol sur son compte Twitter le 25 novembre 2021.

L’assemblée générale d’Interpol a élu, jeudi 25 novembre, le Chinois Hu Binchen au comité exécutif de l’organisation, son centre névralgique censé superviser le secrétariat général. Hu Binchen a décroché, avec l’Indien Praveen Sinha, l’un des deux postes réservés à l’Asie parmi les treize que compte le comité exécutif, et qui étaient vacants. Le candidat de la Chine, général du ministère de la sécurité publique, spécialiste de la coopération internationale, a occupé le poste de conseiller « police » de l’ambassade de son pays à Washington à partir de 2011, selon son profil LinkedIn. Il est titulaire d’un mastère en philosophie de la criminologie obtenu à Cambridge.

Les défenseurs des droits de l’homme ont alerté en vain sur ce candidat. Cette élection risque de donner « un feu vert au gouvernement de la République populaire de Chine pour continuer son utilisation abusive d’Interpol », par le détournement des « notices rouges » pénales qui permettent d’arrêter des ressortissants partout dans le monde, estiment ainsi les membres de l’Alliance interparlementaire sur la Chine (IPAC). Ces élus ont interpellé le 15 novembre dix-huit ministres de l’intérieur occidentaux, comme l’a révélé Libération, car ils craignent de voir « des dizaines de milliers de Hongkongais, Ouïgours, Tibétains, Taïwanais et Chinois dissidents vivant à l’étranger placés dans une situation encore plus à risque ».

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Deux cas sont fréquemment cités pour illustrer ce danger. Dolkun Isa, leader étudiant ouïgour dans les années 1980, qualifié de « terroriste » par Pékin, a fait l’objet d’une « notice rouge » pendant près de vingt ans, supprimée seulement en 2018 par Interpol. Il avait été arrêté en 2017 en se rendant à une audition au Sénat italien. De même, Idris Hasan, militant ouïgour, a été arrêté en juillet, au Maroc, à la demande de la Chine. Actuellement, 28 opposants chinois à l’étranger sont visés ainsi, sous couvert de « notices rouges », selon l’IPAC.

Pékin avait obtenu la présidence d’Interpol en novembre 2016. Elle y avait placé Meng Hongwei, vice-ministre de la sécurité publique depuis 2004. Une fonction qu’il a conservée jusqu’en 2018, bien qu’il ait transformé la présidence (non exécutive) d’Interpol en une fonction beaucoup plus opérationnelle. M. Meng, alors, était assisté de Hu Binchen.

Le pouvoir chinois « mange ses propres enfants »

Mais en septembre 2018, coup de théâtre. Lors d’une visite de travail en Chine, Meng Hongwei disparaît, envoyant à sa femme Grace et ses jumeaux restés en France l’émoticone d’un couteau de cuisine, symbole, apparemment, des dangers qui le menaçaient. Son épouse alertera les autorités françaises quelques jours plus tard et demandera l’asile à la France. Ayant avoué, en 2019, avoir détourné plus de 2 millions de dollars (1,8 million d’euros) entre 2005 et 2017, Meng Hongwei sera condamné à treize ans et demi de prison en janvier 2020.

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via LeMonde

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