Un partenariat passé entre ParisTech et une université chinoise inquiète les services de sécurité français

L’Ecole des Mines (ou Mines ParisTech), dans le 6e arrondissement de Paris, en 2012.

La signature, le 30 août, par le réseau d’écoles d’ingénieurs ParisTech d’un partenariat avec une université chinoise liée à l’Armée populaire de libération (APL) a attiré l’attention des services de sécurité français. « Un cas d’école pour la DGSI [direction générale de la sécurité intérieure] », titrait la lettre spécialisée Intelligence Online le 8 septembre.

Le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), rattaché au premier ministre et chargé de ces sujets, devrait être informé de telles initiatives. Il ne l’a pas été dans ce cas précis, selon nos informations.

ParisTech, groupement d’écoles parmi les meilleures en France, disposait déjà depuis 2000 d’une représentation et de quatorze partenariats en Chine. Le réseau travaillait jusqu’ici surtout avec l’université de Shanghaï, qui nourrit 20 % de ses échanges d’étudiants. Un institut franco-chinois y avait été créé dès 2004.

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Avec la Xi’an Jiaotong University (dans la province du Shaanxi, dans le nord-ouest du pays), « à ce stade nous avons un accord de double diplôme cadrant la façon d’échanger nos étudiants », explique Christian Lerminiaux, président de ParisTech. « Depuis 2000, nous avons accueilli quatre étudiants de l’université de Xi’an sur un total de 1 500 Chinois. » Il s’agit donc désormais de faire plus. Ces élèves sont aussi une source de revenus pour les écoles.

Nombreuses failles

Le contexte politique récent invite pourtant à la prudence. Depuis 2017, la Chine développe une stratégie de « fusion civilo-militaire » dans les technologies d’avenir, tout en renforçant son contrôle sur les enseignants-chercheurs du pays.

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En France, le gouvernement tient deux lignes de conduite d’apparence contradictoire : attirer toujours plus d’étudiants étrangers (500 000 d’ici à 2027), mais aussi renforcer la protection de la recherche contre le pillage et mieux sensibiliser l’enseignement supérieur aux menaces. Depuis une dizaine d’années, près de 600 « zones à usage restrictif », des laboratoires travaillant sur des sujets sensibles, ont ainsi été créées, dont sont exclus doctorants ou stagiaires étrangers. Des fonctionnaires de sécurité et de défense doivent veiller au grain.

Cette politique récente a de nombreuses failles, s’inquiète d’ores et déjà la mission d’information en cours au Sénat sur les ingérences étatiques extra-européennes dans l’enseignement supérieur, qui achèvera ses auditions fin septembre. Dans l’un de ses comptes rendus, publié le 7 septembre, un sénateur australien, James Paterson, président de la commission conjointe sur le renseignement, a souligné que 7 000 accords de partenariats universitaires étaient en train d’être passés au crible par le gouvernement de Canberra. Dans ce pays situé en première ligne face à l’ingérence chinoise, la loi a introduit cette obligation de surveillance en 2020.

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via LeMonde

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