Une bactérie inoculée au moustique pour lutter contre la dengue

Une femme prend une photo d’une larve du moustique « Aedes aegypti » le 17 février 2016, à Cali en Colombie, un pays particulièrement touché par la dengue, Zika, et lechikungunya véhiculé par l’insecte.

Dans un faubourg de Medellin, un bâtiment de brique rouge de l’université d’Antioquia abrite un quartier général un peu particulier. Dans des laboratoires, Ivan Dario Velez et son équipe lèvent une armée étonnante : des escadrons de moustiques destinés à combattre l’un des dix pires fléaux de santé publique mondiaux, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la fièvre dengue. Car, avant d’être relâchés par milliers, ces insectes ont été transformés en chevaux de Troie ailés : ils portent dans leurs entrailles une bactérie qui empêche le virus vecteur de la maladie d’être transmis, par piqûre, à l’homme.

Entre 2015 et 2019, des essais avaient été menés dans cette ville colombienne et dans sa banlieue Bello, et les résultats finaux, bientôt publiés, montrent une très forte diminution des cas de contamination. Depuis novembre 2021, c’est au tour de Cali (à 400 km au sud), très touchée par la dengue, de voir déferler sur elle ces nuées d’hexapodes salvateurs, élevés dans les cages toilées des labos de Medellin, puis acheminés dans des bouteilles en PET.

Caché dans ces moustiques, l’Ulysse de cette histoire a un nom : Wolbachia pipientis. Il s’agit d’une bactérie découverte en 1924, qui infecte 60 % des arthropodes et vit en symbiose avec son hôte, dans le cytoplasme de ses cellules. Les scientifiques ont observé que sa présence empêchait la transmission des virus de la dengue, de Zika ou du chikungunya. Ils se sont alors dit que forcer l’introduction de cette bactérie dans le moustique Aedes aegypti, connu justement pour être le vecteur de ces arbovirus, sans être un hôte naturel de Wolbachia, pourrait apporter une solution. En 2006, c’est Scott O’Neill, biologiste à l’université australienne Monash, qui le premier réussit cette manipulation. Il crée ainsi une lignée de moustiques porteurs de la bactérie, celle-ci étant aussi transmise dans les œufs des femelles.

Femelles ciblées

L’utilisation de ces insectes peut alors théoriquement prendre deux formes. Si des moustiques mâles porteurs de Wolbachia sont libérés dans l’environnement et qu’ils s’accouplent avec des femelles n’ayant pas la bactérie, les œufs n’écloront pas. Relâcher en grande quantité des mâles à Wolbachia permet ainsi de réduire très fortement des populations d’Aedes aegypti, leur voie de reproduction étant enrayée.

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Des essais recourant à cette méthode ont été menés dans divers pays (Chine, Singapour, Etats-Unis), avec un succès certain, d’autant qu’elle présente un autre avantage : les moustiques mâles ne piquent pas ! « Mais l’inconvénient est qu’il est difficile de supprimer tous les moustiques visés dans un lieu ciblé, si bien qu’il faut réitérer l’intervention », explique Scott O’Neill. Sans parler du fait qu’il s’agit d’identifier par leur sexe les moustiques à relâcher – ce qui est possible en laboratoire, de plusieurs manières, par exemple en fonction de la différence de taille entre les larves mâles et femelles.

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via LeMonde

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