Vaccins contre le Covid-19 : cinq questions sur le programme Covax

Des travailleurs déchargent des doses du vaccin d’AstraZeneca envoyées dans le cadre du programme Covax, à l’aéroport Aden Adde, à Mogadiscio (Somalie), le 15 mars.

Moins de cinq mois après le début des premières campagnes de vaccination de masse, en décembre 2020, plus d’un milliard de doses de vaccins contre le Covid-19 ont été administrées dans le monde, selon les données compilées à partir de sources gouvernementales par le projet Our World in Data, de l’université d’Oxford (Royaume-Uni).

Vaccins contre le Covid-19 : suivez la progression en France et dans le monde

Si la plupart des pays à travers la planète ont désormais lancé leur campagne vaccinale, la vaccination reste un privilège des pays à « revenu élevé », selon la terminologie de la Banque mondiale. Ces derniers, qui hébergent 16 % de l’humanité, concentrent ainsi 47 % des doses injectées ; les pays à « faible revenu » se contentant pour l’instant de 0,2 % des doses.

Douze pays ne vaccinent pas encore : sept en Afrique (Tanzanie, Madagascar, Burkina Faso, Tchad, Burundi, Centrafrique, Erythrée), trois en Océanie (Vanuatu, Samoa, Kiribati), un en Asie (Corée du Nord) et un dans les Caraïbes (Haïti).

A la mi-avril, le patron de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus, lançait ainsi cette statistique-choc : une personne sur quatre est vaccinée dans certains pays riches contre un sur cinq cents dans certains pays pauvres.

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« C’est inacceptable », abondait, lors d’une conférence de l’OMS, le 23 avril, le président français, Emmanuel Macron. « Le temps est venu de partager. »

  • Qu’est-ce que le programme Covax ?

Covax est l’un des trois piliers du dispositif pour accélérer l’accès aux outils de lutte contre le Covid-19 (ACT), qui a été lancé à la fin d’avril 2020 par l’OMS, la Commission européenne, la France et la Fondation Bill et Melinda Gates. L’ACT rassemble des gouvernements, des organisations mondiales de santé, des fabricants, des scientifiques, le secteur privé et la société civile, dans le but de fournir un accès « innovant et équitable » aux diagnostics, traitements et vaccins.

C’est ce dernier aspect que couvre Covax. Ce partenariat public-privé sous l’égide de l’OMS, l’Alliance du vaccin (GAVI) et la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI), vise à garantir une distribution équitable des vaccins. A ce jour, 191 Etats sont impliqués dans le programme.

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Covax agit comme une plate-forme de soutien à la recherche, au développement, ainsi qu’à la fabrication d’une large gamme de candidats-vaccins et négocie leur prix, détaille la GAVI. Il vise l’acquisition de 2 milliards de doses d’ici à la fin 2021, notamment pour les 92 pays à revenu faible ou intermédiaire par un mécanisme de financement et de dons.

  • Quels sont les pays bénéficiaires ?

La liste des premiers bénéficiaires du programme et la quantité de vaccins qu’ils obtiendront jusqu’en juin avaient été dévoilées au début de février. Les quelque 337 millions de doses devaient couvrir 3,3 % de la population dans 145 pays et territoires.

Par ailleurs, un stock d’environ 5 % du nombre total de doses disponibles est mis de côté, afin de constituer « une réserve » utilisable dans des contextes humanitaires ou en cas de flambées épidémiques graves.

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Le 24 février, le Ghana a inauguré le dispositif. A la fin d’avril, près de 49 millions de doses de vaccins avaient été distribuées dans 120 pays du monde, selon les dernières données de l’Unicef.

  • Quels sont les vaccins utilisés ?

Le dispositif Covax gère un catalogue de vaccins « le plus vaste et le plus diversifié au monde », avec neuf candidats-vaccins en développement et neuf autres en cours d’évaluation, selon la GAVI. Cependant, l’OMS n’a pour l’heure délivré son homologation d’urgence qu’à trois vaccins : celui développé par Pfizer-BioNTech (le 31 décembre 2020), celui du suédo-britannique AstranaZeneca (le 11 février) et celui du géant pharmaceutique américain Johnson & Johnson (le 12 mars).

Facile à conserver, car elle peut être stockée dans des réfrigérateurs classiques, la formule du laboratoire AstraZeneca est la principale utilisée dans le dispositif. Peu de pays reçoivent le vaccin Pfizer-BioNtech, acheté à prix coûtant et qui doit être conservé entre − 80 oC et − 70 oC.

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  • Comment fonctionne le financement ?

En 2020, 2 milliards de dollars (1,65 milliard d’euros) ont été levés pour financer le projet Covax, et l’OMS estime qu’il faut 5 milliards de dollars supplémentaires pour le mener à bien. « Afin de pouvoir réserver des vaccins, il est nécessaire de disposer du financement », a rappelé, le 15 avril, le chef de la GAVI, le docteur Seth Berkley.

L’Union européenne a participé au dispositif à hauteur de 850 millions d’euros, la France a donné 100 millions, l’Espagne 50 millions et les Etats-Unis 2 milliards de dollars (1,6 milliard d’euros). La Fondation de Greta Thunberg va, elle aussi, participer en versant 100 000 euros.

« L’offre de vaccins et de financements est encore insuffisante, et il est urgent de renforcer le programme Covax afin d’assurer un accès équitable à des vaccins sûrs, efficaces et de qualité pour les pays en développement », a fait valoir, à la mi-avril, le ministre des affaires étrangères japonais, Toshimitsu Motegi, dont le pays va organiser en juin un sommet sur le financement de ce système.

  • A quelles difficultés est confronté Covax ?

Pour l’heure, le programme a du mal à atteindre sa vitesse de croisière et reste loin de l’objectif initialement visé de livrer 500 millions de doses à la fin du premier semestre 2021. D’autant que le blocage des exportations de doses du vaccin d’AstraZeneca fabriquées en Inde va s’accompagner de retards de livraisons. Le pays, plus grand producteur vaccinal au monde, a en effet pris cette mesure face à une flambée épidémique d’une ampleur sans précédent.

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Plusieurs pays riches ont aussi préféré s’approvisionner directement plutôt que de se reposer sur Covax. Soumis à la pression de leur opinion publique, nombre de dirigeants – dans l’UE et aux Etats-Unis, par exemple – ont ainsi sécurisé leurs besoins, quitte à avoir du surplus. En contradiction avec l’objectif de Covax, qui veut que tous les pays aient un accès égal aux vaccins dès leur mise sur le marché. La pénurie de doses disponibles prive donc les pays moins riches d’accès aux vaccins.

Le 23 avril, Emanuel Macron annonçait que la France avait envoyé des doses du vaccin d’AstraZeneca à des pays d’Afrique de l’Ouest et donnera au moins 500 000 doses de divers vaccins d’ici à la mi-juin. De son côté, la Maison Blanche faisait savoir, le 26 avril, qu’elle allait débloquer l’envoi de 60 millions de doses du même groupe pharmaceutique au bénéfice d’autres pays. Les Etats-Unis étaient jusque-là très critiqués pour refuser d’exporter ce vaccin, qui n’est même pas encore autorisé sur leur territoire.

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