Venise à nouveau menacée par les « grandi navi »

Un militant écologiste manifeste à bord d’un petit bateau contre la présence de navires de croisière dans le lagon, à Venise (Italie), le 5 juin 2021.

LETTRE DE VENISE

Une femme vêtue de bleu debout sur une barque, la rame à la main, semblant défier du regard un monstrueux immeuble flottant au milieu des brumes des fumigènes… Bien sûr, ce n’est qu’un instantané, un détail isolé au milieu d’une gigantesque scène mouvante. D’ailleurs, en toute logique la scène aurait dû passer inaperçue, au milieu de la confusion qui régnait sur le canal de la Giudecca samedi 5 juin à 16 h 30, alors que le gigantesque MSC Orchestra (92 000 tonnes et 294 mètres de long) avançait au ralenti et sous les huées en direction de la place Saint-Marc, sonnant le retour des navires de croisière géants qui avaient déserté le centre de Venise depuis le début de la pandémie, il y a dix-sept mois.

Mais voilà, ce minuscule moment de vérité a été immortalisé par un photographe et amoureux de la lagune, l’ingénieur Michele Gallucci, qui vit à bord d’un petit bateau à voile amarré sur l’île de la Certosa, au nord de l’arsenal. Puis son image, saisissante, a été diffusée sur les réseaux sociaux, comme la meilleure illustration qui soit de la colère qui a pris nombre de Vénitiens alors qu’ils constataient, une fois de plus, que les multiples annonces gouvernementales des derniers mois n’auront servi à rien.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Venise confrontée aux épisodes d’« acqua alta » : la montée des périls

Ravages environnementaux

Il faut dire que cette femme en colère n’est pas une inconnue. Née il y a cinquante-cinq ans en Afrique du Sud, Jane Da Mosto est biologiste et vit depuis un quart de siècle dans le centre de Venise. Elle y a fondé une association très dynamique, We Are Here Venice, et milite également au sein d’un réseau international d’activistes opposés aux grands navires de croisière, le Global Cruise Activist Network, qui lutte contre les ravages environnementaux provoqués par ces monstres des mers, qui sont loin de ne sévir que dans la lagune de Venise.

« En fait, je ne suis pas seule sur la barque, mais l’autre rameur est masqué par un panneau, si bien qu’on ne le voit pas, explique-t-elle. Quand la photographie a été prise, j’essayais d’attraper le regard de quelqu’un sur le pont, d’établir un contact. Mais je n’y suis pas arrivée… »

Tenter de commencer un dialogue avec les passagers et l’équipage de ces mastodontes pour leur faire comprendre que les navires de croisière ne sont pas les bienvenus dans la lagune de Venise, tel est l’objectif récurrent des manifestations lancées par le comité No grandi navi depuis 2011. Dangereux pour le patrimoine terriblement fragile de la ville (un de ces grandi navi a heurté le quai des Zattere le 2 juin 2019, à la suite d’un problème technique, causant une belle frayeur aux habitants), extrêmement polluants et symboliques d’un tourisme de masse qui menace d’engloutir Venise tout entière, les navires de croisière n’ont pas bonne presse, et ternissent incontestablement l’image de la ville.

Il vous reste 54.82% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

via LeMonde

Total
0
Shares
Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Previous Post

Voici ce qui arrive lorsqu’un homme décide de mettre fin à une relation amoureuse(Vidéo)

Next Post

Abdou Mbow sur l’affaire Abdou Faye : « on ne peut pas, à chaque bruit de criquet, ouvrir une enquête parlementaire »

Related Posts