Vente de Rafale à la Grèce : une exportation d’armes presque parfaite

Analyse. Il est des ventes d’armes plus faciles que d’autres à assumer. Celle qu’a conclue, en grande pompe, avec « joie » et « fierté », la ministre des armées Florence Parly il y a un peu plus d’un mois (le 25 janvier), à Athènes, formalisant ainsi la cession de quelque 18 avions Rafale à la Grèce d’ici à 2023, en est le parfait exemple.

En langage sportif, on aurait parlé de « hat trick ». Soit trois coups décisifs en une seule opération. Mais dans le jargon très policé des milieux de la défense, on a plus sobrement salué, comme souvent en pareils cas, un succès à la fois industriel, diplomatique et stratégique. Qu’en est-il exactement ?

Le premier bénéfice direct de ce contrat va évidemment aux entreprises françaises. Avec cette vente d’un montant de 2,5 milliards d’euros, l’avionneur Dassault et l’industriel MBDA – fournisseur des missiles qui vont avec le Rafale – ont empoché de quoi se projeter plus sereinement dans les incertitudes de la crise sanitaire, entraînant ainsi sous leur aile les quelque 400 PME et 7 000 salariés qui travaillent sur le programme Rafale en France.

Aspects stratégiques

Le deuxième gain, cela va de soi, est politique. En communiquant abondamment sur cette vente d’avions de combat très performants, « combat proven » (ayant fait leurs preuves sur un théâtre de guerre), qui plus est à un pays européen – la Grèce, donc –, en première ligne depuis de longs mois face aux assauts turcs dans son domaine maritime pour des recherches de gaz, la France a pu, une nouvelle fois, signifier sa forte désapprobation des manœuvres de la Turquie en Méditerranée orientale.

Ce sont toutefois les aspects stratégiques de cette vente qui, en réalité, se révèlent les plus intéressants. Mme Parly les a résumés en une phrase, dans un entretien au journal Les Echos, le 30 janvier : « La France est heureuse d’exporter le Rafale pour la première fois en Europe. » Elle n’a pas précisé qu’il s’agissait, au passage, d’une première avec un membre de l’OTAN – cette alliance politico-militaire qui réunit près d’une trentaine de pays européens, le Canada et les Etats-Unis. Mais c’est évidemment ce symbole qui était aussi à lire entre les lignes.

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Si nul ne peut se réjouir d’une montée des tensions internationales qui relancent indirectement la course aux armements, qui plus est, avec un pays dont la dette publique atteint désormais les 200 % du PIB, la France est venue, avec ce contrat, se renouveler dans un marché européen jusque-là essentiellement dominé par les appareils américains. Les Rafale français, jusqu’au 25 janvier, n’avaient séduit que l’Inde, le Qatar et l’Egypte. Or vendre des Rafale en Europe, aux yeux de Paris, ne relève pas que du patriotisme économique.

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via LeMonde

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