Violences contre les femmes : Recep Tayyip Erdogan retire la Turquie de la convention d’Istanbul

Manifestation à Istanbul, le 20 mars 2021, pour protester contre la décision du président turc, Recep Tayyip Erdogan, de retirer son pays de la Convention d’Istanbul sur les droits des femmes.

A quelques jours du sommet européen des 25 et 26 mars, la Turquie a décidé de se retirer de la convention d’Istanbul, un traité européen protégeant les femmes contre les violences, qu’elle avait pourtant été le premier Etat à signer, il y a dix ans, et qui porte le nom de la plus grande ville du pays. Ce geste apparaît comme une nouvelle provocation du président, Recep Tayyip Erdogan, à l’égard de ses partenaires européens, de plus en plus enclins à fermer les yeux sur ses frasques.

Intervenue dans la nuit de vendredi à samedi sur décret présidentiel, la sortie de la convention est avant tout un coup dur pour les femmes turques, de plus en plus victimes de violences. Trois cents femmes ont été assassinées par des hommes de leur entourage et plus d’une centaine ont perdu la vie dans des conditions mal éclaircies en 2020, selon l’organisation féministe turque Halte aux féminicides, qui a enregistré 77 assassinats de femmes pour les premiers jours de 2021.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi En Turquie, les violences contre les femmes se banalisent

A Istanbul, à Ankara, à Izmir, des milliers de femmes sont descendues dans la rue, samedi, pour protester contre la décision unilatérale du président turc, largement condamnée par les partenaires traditionnels de la Turquie. « C’est un pas en arrière extrêmement décourageant pour le mouvement international contre les violences faites aux femmes », a déploré le président américain, Joe Biden, dans un communiqué. La secrétaire générale du Conseil de l’Europe, Marija Pejcinovic Buric, a évoqué pour sa part une décision « dévastatrice ». Jean-Yves Le Drian, le ministre des affaires étrangères français, a déploré « un recul des droits préoccupant ».

Partant du principe que les hommes et les femmes ont des droits égaux, la convention d’Istanbul oblige les gouvernements à prendre des mesures pour prévenir les violences conjugales à l’égard des femmes, protéger les victimes et poursuivre les auteurs. Signée par Ankara en 2011, ratifiée par le Parlement turc en 2014, elle est devenue le cauchemar de l’élite islamo-conservatrice au pouvoir, hostile aux articles ayant trait à la parité hommes-femmes et à la non-discrimination des minorités sexuelles.

« Convention détournée »

Voilà des mois que les chefs religieux des confréries et les politiciens les plus conservateurs appellent le gouvernement à sortir de la convention, jugée nocive aux valeurs familiales. En 2019, le président Erdogan avait déclaré que le texte n’avait aucune valeur à ses yeux puisqu’il « ne faisait pas partie du Coran ». « La convention d’Istanbul, qui visait à l’origine à promouvoir les droits des femmes, a été détournée par un groupe de personnes qui tentent de normaliser l’homosexualité, ce qui est incompatible avec les valeurs sociales et familiales de la Turquie. D’où notre retrait », a expliqué, sur son compte Twitter, Fahrettin Altun, le chef de la communication du palais présidentiel. « Nous continuerons à protéger l’honneur de notre peuple, de la famille et de notre tissu social avec détermination », a déclaré le ministre de la justice, Abdulhamit Gül.

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via LeMonde

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