« Vladimir Poutine parie sur l’inappétence et la fatigue des sociétés occidentales »

Tour à tour, le Conseil européen, puis le sommet du G7 en Allemagne et enfin celui de l’OTAN à Madrid ont apporté à Kiev ce que l’armée ukrainienne, acculée par la surpuissante machine de destruction russe dans le Donbass, n’est pas en mesure pour l’instant de délivrer : des victoires. Octroi du statut de candidat à l’Union européenne (UE) ; unité sans faille des dirigeants occidentaux et détermination à soutenir l’Ukraine aussi longtemps que nécessaire ; renforcement du front oriental d’une Alliance atlantique qui n’aura bientôt plus à chapitrer ses membres naguère réticents à investir dans leur défense : le produit de ces rencontres internationales est appréciable.

Appréciable, mais également fragile. Reconnaître le statut de candidat à l’UE ouvre la voie à une procédure longue et exigeante. De surcroît, une telle démarche n’a jamais concerné un pays en guerre où les destructions se poursuivent, partiellement occupé, et dont une partie des frontières est vouée, et sans doute pour longtemps, à rester incertaine.

Les grands-messes du G7, format multilatéral devenu désuet, maintenu faute de mieux, ont perdu depuis longtemps de leur force. A tout prendre, les résultats du sommet de l’OTAN, avec le déblocage des candidatures finlandaise et suédoise et la confirmation du retour des soldats des Etats-Unis sur le théâtre européen, sont de loin les plus immédiats et les plus tangibles, mais ils ne concernent l’Ukraine qu’indirectement.

Quatre mois après son début, le bilan d’étape de la première guerre d’envergure déclenchée sur le sol européen par le président russe, Vladimir Poutine, reste incertain. Certes, son armée broie pour l’instant avec constance la résistance ukrainienne dans l’est du pays, les sanctions occidentales n’ont pas mis à genoux l’économie russe, et une bonne partie du monde se tient à distance d’un conflit dont la lisibilité ne devrait pourtant donner lieu à aucune contorsion diplomatique.

Guerre d’usure

Les succès politiques enregistrés par l’Ukraine, la renaissance de l’OTAN et l’entente occidentale sans nuages invalident pourtant une partie des calculs du maître du Kremlin, sans même parler de la marque indélébile pour le prestige de son pays qu’a constituée le fiasco de la manœuvre initiale visant à décapiter l’Ukraine, puissance militaire pourtant particulièrement modeste.

La guerre d’usure qui met aux prises Ukrainiens et Russes pourrait durer aussi longtemps que l’un des deux camps n’aura pas atteint la limite du soutenable. Personne n’est encore en mesure d’anticiper s’il s’agira de l’Ukraine, contre laquelle Vladimir Poutine tord toutes les conventions de la guerre en bombardant sans retenue les zones civiles pour briser le sentiment d’union sacrée qui porte le pays, ou bien de la Russie, contrainte à un effort militaire probablement bien plus intense qu’anticipé. Mais cette guerre d’usure concerne également d’autres acteurs : les alliés de l’Ukraine.

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via LeMonde

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