Wall Street chute, inquiète de l’inflation et de la perspective d’une hausse des taux


A la Bourse de New York, vendredi 10 juin 2022.

Les amis des animaux le savent : le taureau encorne sa victime et la fait s’envoler en l’air, tandis que l’ours abaisse sa grosse patte pour faire tomber sa proie. Ainsi en est-il des marchés financiers, qui sont bull (« taureau ») lorsqu’ils montent, et bear (« ours ») lorsqu’ils baissent durablement. Lundi 13 juin, Wall Street est résolument entrée dans un marché bear, baissier, avec un recul depuis le début de l’année supérieur à 20 % pour le S&P 500, l’indice qui reflète les grandes entreprises américaines, tandis que le Nasdaq, l’indice riche en technologies poursuit son krach, avec une baisse de 30 %. En début de matinée, les deux indices perdaient respectivement 4,15 % et 3,6 %. Vers 10 h 30, aucune valeur de l’indice Dow Jones, du SP500 ou du Nasdaq100 n’était en hausse.

Le déclencheur a été le très mauvais chiffre de l’inflation, publié vendredi 10 juin, avec une hausse des prix généralisée de 8,6 % sur un an, en mai, et un effondrement du moral des consommateurs à un niveau jamais égalé, même pendant la grande crise financière de 2008. Les opérateurs font un quadruple calcul : la Réserve fédérale (Fed, banque centrale américaine) va devoir monter ses taux d’intérêt beaucoup plus que prévu pour contrer l’inflation ; le pays va entrer très probablement en récession, avec la fin des stimuli budgétaires et monétaires ; les profits des entreprises vont baisser, avec un coût élevé et durable des matières premières et de l’énergie ; et des consommateurs qui vont devoir se serrer la ceinture, lorsqu’ils auront dépensé les économies réalisées pendant la pandémie de Covid-19.

La Fed a objectivement failli à sa mission, qui est de maintenir le plein-emploi et la stabilité des prix. A trop privilégier le premier objectif, alors que le marché de l’emploi est en surchauffe depuis des mois, elle a laissé filer les prix. Les enjeux politiques n’y sont pas étrangers, le président démocrate Joe Biden ayant tardé, à l’automne 2021, à renouveler le mandat de Jerome Powell, un républicain modéré, dont la gauche des démocrates, notamment la sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren, ne voulait pas.

Des valeurs spéculatives massacrées

Les opérateurs finissent par demander que la Fed agisse fermement, pour mettre derrière les mauvaises nouvelles. Ainsi, le comité monétaire de l’institution, qui se réunit mardi 14 et mercredi 15 juin, va décider d’une hausse des taux. Au moins d’un demi-point, peut être de 0,75 %, ce qui conduirait à un doublement du loyer de l’argent à court terme (les taux directeurs sont actuellement compris entre 0,75 % et 1 %).

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via LeMonde

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